Ce n'est pas « tout public » : les (dynamiques) conférenciers passent volontiers d'une considération technique aux implications d'ordre économique, politique, social ou psychologique, et supposent chez le public tant une certaine familiarité avec certains concepts techniques qu'une certaine maturité d'esprit — ce n'est vraiment pas une discussion pour bisounours (on y parle de gens qui, se croyant anonymes sur Internet, ont « disparu », tués par un escadron de la mort, et éventuellement ont été renvoyés par morceaux à leur famille et à leurs amis). Cependant, même si vous ne comprenez pas la technique, vous pourrez en retirer quelque chose.

Conférence de Roger Dingledine et Jacob Appelbaum au Chaos Computer Club : (fichier MP4)

Parmi les remarques intéressantes (mes réflexions personnelles sont [entre crochets]) :

  1. Les gouvernements des « petits » pays dictatoriaux (Tunisie [avant?], Syrie, etc.) n'ont pas les moyens d'assurer de la recherche & développement de pointe sur le filtrage et l'espionnage de l'Internet [la Chine le peut]. Ils achètent donc des dispositifs tout prêts à des fournisseurs occidentaux, notamment américains [et, remarque personnellement, également français]. Ces derniers non plus ne pourraient amortir leur R&D à l'aide des dictatures [quoique, avec des dictatures pétrolifères ou gazifères ?], mais ont également comme clients des grandes entreprises qui veulent filtrer leur réseau, par exemple pour empêcher leurs employés de lire les nouvelles alors qu'ils sont censés travailler [ou encore les réseaux scolaires qui veulent empêcher les adolescents de « pirater » de la musique et d'aller sur des sites pornographiques, et pourquoi pas demain les prestataires de services Internet français, si on leur impose de filtrer efficacement tout ce qui déplaît, comme le jeu en ligne ?]. Le déploiement dans les pays occidentaux de moyens de filtrage ostensiblement « pour la bonne cause » sert donc les intérêts des dictatures [qui trouvent donc des alliés objectifs dans ceux qui applaudissent sans réfléchir à chaque suggestion technique censée produire un « Internet civilisé » qui protège les « créateurs », ou combattre les pédophiles].

  2. Ces ventes de dispositifs de censure et d'espionnage ne sont pas simplement des ventes de matériel « une fois pour toutes », mais aussi de support technique réactif. Cela se démontre tout simplement en constatant que les faiblesses du filtrage sont comblées au fur et à mesure, ce qui signifie qu'il y a mise à jour, probablement sous la forme d'un contrat de maintenance. Il ne s'agit donc pas pour ces entreprise d'une vente isolée, par erreur, ou d'un matériel détourné, mais bien d'une relation à long terme avec les dictatures [éventuellement expliquée par la nécessité d'aider ces pays à combattre les terroristes et les pédophiles].

  3. Un dispositif comme TOR fonctionne mieux s'il est utilisé par des gens quelconques pour de la navigation Internet quelconque et non pas seulement par des dissidents politiques, tout simplement parce que s'il est détecté, il désigne son utilisateur à l'attention des autorités.