Une section de criminologie au CNU ?
Par David Monniaux le mardi, janvier 17 2012, 10:22 - Recherche scientifique - Lien permanent
L'enseignement supérieur « normal » français (j'exclus ici les établissements à statuts particuliers tels que l'École polytechnique) est divisé en sections disciplinaires, portant des numéros : par exemple, section 25 c'est mathématiques pures, section 26 mathématiques appliquées (*), section 27 c'est informatique, etc. Les enseignants-chercheurs officiant dans une discipline sont évalués et, du moins dans certains cas, promus par la section correspondante du Conseil national des universités (CNU), formée d'enseignants-chercheurs et de chercheurs de la discipline, en partie élus et en partie nommés par les instances ministérielles. Ainsi, je suis électeur en section CNU 27.
Chaque section, au fil du temps, finit par se constituer des grilles d'évaluation, des critères, en se basant notamment (du moins en sciences dites exactes) sur les habitudes internationales. Il est rare que l'on crée ou que l'on supprime des sections.
Autant dire ma surprise à la nouvelle que l'on parle de créer une section supplémentaire expérimentale interdisciplinaire sur la « criminologie ». Je ne connais guère le domaine, mais il me semble que la criminologie relève tant du droit que de la psychologie et de la sociologie ; est-il possible de l'évaluer hors de ces disciplines ?
(*) Ne pas trop se formaliser sur ce genre de terminologie : ainsi, un enseignant-chercheur qui travaille sur de l'algèbre avec application à la cryptographie (chiffrement) peut être en 25 (maths pures) ou en 27 (informatique) mais pas en 26, alors qu'effectivement il fait des « mathématiques appliquées ». 26, c'est plutôt probabilités et équations aux dérivées partielles, pas algèbre.
Commentaires
Je ne crois pas que la "criminologie" soit une science très reconnue hors de nos frontières. On n'en parle d'ailleurs que depuis récemment en France, quand Bauer, ex-conseiller sécurité du Président, s'est retrouvé à la tête d'une "chaire de criminologie" unique en son genre et créée spécialement pour lui dans un grand établissement français.
On en a moins parlé que Luc Ferry, mais c'est assez similaire...
L'établissement est il faut le dire assez bonne fille, il a aussi recueilli en son temps un autre nécessiteux de la République, B. Kouchner.
D'après les échos que j'ai eus, c'est le contraire : la criminologie est une discipline universitaire à part entière outre-Atlantique. Si elle n'a pas été reconnue en tant que telle en France jusqu'ici, c'est suite à l'opposition entre juristes, sociologues et psychologues sur la légitimité des uns et des autres à traiter le sujet,
Effectivement, au temps pour moi, il semble d'après une rapide recherche google y avoir un certain nombre de "départements de criminologie" dans des facs anglo-saxonnes (plutôt en Angleterre qu'aux US d'ailleurs, depuis une vingtaine d'années).
Je n'en ai cependant pas vu dans des universités très prestigieuses (les spécialistes semblant encore raccrochés aux départements de sociologie, comme à Harvard).
"L'enseignement supérieur « normal » français (j'exclus ici les établissements à statuts particuliers tels que l'École polytechnique) est divisé en sections disciplinaires"
deja rien que là ca part mal...je croyais justement le l'ENS permettait de faire un peu ce qu'on veut...mais après, si on reste en france, il faut rentrer dans UNE petite cacase...pays de.... :)
@xavier: Cette division ne concerne que les enseignants-chercheurs et les laboratoires (et encore, les laboratoires peuvent être à cheval sur plusieurs sections), pour leur évaluation. Il semble naturel que la recherche d'un informaticien soit évaluée par des informaticiens, et non par des hydrauliciens ou des sociologues !
Bonjour
J'ai moi même effectué mes études en partie en France (M2 criminologie et droit(s) des victimes à l'UPPA et une année à l'école de criminologie de Montréal (UDeM) ).
Dans les pays anglo saxons, c'est une matière indépendante et qui est de plus en plus demandée.
Il est vrai que la criminologie porte à la fois sur la sociologie, la psychologie, le droit, la biologie entre autre chose. Cependant, aucun de ces matières n'est pas la panacée de la criminologie et il est nécessaire d'avoir une connaissance globale du phénomène criminel pour pouvoir l'aborder de manière cohérente et efficace.
Un autre problème, du fait que cette science ne soit pas encore reconnue, c'est que n'importe qui peut se prétendre criminologue et la chaire honorifique n'y change rien.