Les récents débats parlementaires sur les œuvres orphelines, et plus généralement les débats français au sujet de la Culture, me semblent fréquemment faire usage de définitions curieuses. On parle ainsi des « industries culturelles », quand bien même une très grande proportion des produits de ces industries relèvent du pur divertissement et qu'il serait donc plus logique de parler des « industries du divertissement », de la même façon qu'en anglais on parle d'entertainment et qu'un artiste de variétés est un entertainer. Plus curieux encore est l'usage de l'adjectif « commercial ».

Ainsi, sont réputés commerciaux tous les acteurs techniques de l'Internet, et notamment le célébrissime Google (oubliant ainsi l'existence de grands acteurs non commerciaux comme la Wikimedia Foundation), que l'on oppose par exemple au monde de l'édition. Or, il me semble que l'immense majorité des éditeurs de livres sont des entreprises commerciales ; certains, et non des moindres, font partie de grands groupes industriels qui travaillent aussi bien dans la presse légère que dans l'armement !

On nous dit que l'édition est un travail d'amour, que des éditeurs publient des ouvrages à perte. Fort bien. Une de mes amies, travaillant chez un célèbre éditeur français, m'expliquait ainsi qu'elle lançait une collection et s'attendait à perdre de l'argent sur les premiers titres publiés, mais qu'il fallait qu'ensuite la situation commerciale soit bénéficiaire, sinon la collection serait arrêtée. Cela n'est pas différent du mode de fonctionnement de la société Google, qui lance des services, et qui, si ceux-ci n'ont pas le succès escompté, finit par les fermer.

L'édition scientifique est assurément un domaine commercial, où des groupes internationaux dégagent de confortables bénéfices. J'ai cru comprendre qu'il en est de même de l'édition scolaire, avec ses tirages importants et sa clientèle captive. J'ai dénoncé dans les colonnes de Libération la rapacité de certains éditeurs de revues savantes et leurs pratiques léonines, mais j'apprends que de grands éditeurs français de bandes dessinées veulent eux aussi imposer des contrats léonins à leurs auteurs et dessinateurs. On a donc non seulement affaire à des pratiques commerciales, mais aussi à des relations de force assez brutales pour les créateurs. De fait, la plupart des auteurs ne touchent pas grand chose.

J'avoue donc ne pas très bien comprendre les critères utilisés pour décider de ce qui doit être dénoncé comme « commercial » et ce qui doit être loué comme « culturel ». J'aurais quelques explications possibles, mais j'aurais peur de paraître juger de ce que je connais mal. Peut-être certains de mes lecteurs pourraient-ils m'éclairer ?