Une collègue de l'Université Joseph Fourier faisait des expériences de géophysique sur le terrain quand elle a été aperçue par un collaborateur du Dauphiné Libéré, à qui elle a répondu précisément et de bonne grâce. Quelques jours plus tard, est paru un article truffé d'erreurs et surtout agrémenté des théories géologiques personnelles de son auteur, qu'il faisait passer sous caution académique. L'université n'a pas réagi : toute publicité est bonne à prendre...

Un autre collègue, de l'INRIA, a été interviewé à propos de la fiabilité de l'informatique embarquée, notamment dans les automobiles. À un moment, on l'a interrogé sur l'accident fatal de la princesse Diana. Cet unique extrait a été ensuite utilisé dans un reportage télévisé, afin de dire : « D'après l'expert, cela pourrait être dû à un problème informatique. »

Autant dire que lorsque je lis dans La Montagne

« D’après plusieurs universitaires, la place croissante de la télé et des jeux vidéo explique en grande partie cette montée des violences chez les jeunes. »

je ne peux que me demander qui sont ces fameux « universitaires » il est fait référence.

  1. Ces universitaires existent-ils vraiment et ont-ils réellement dit ce qu'on leur fait dire ? Après tout, si un collaborateur du Dauphiné Libéré peut rajouter ses élucubrations à un article sur des expériences de géophysique, un journaliste de la Montagne peut fort bien rajouter ses théories psychologiques.
  2. S'exprimaient-ils dans leur domaine de compétence ? Je me rappelle du cas d'une maître de conférence en anglais et civilisation américaine (qui insistait fortement sur ce titre) qui voulait à toute force faire valoir ex officio son point de vue... sur la biographie Wikipédia d'un pédopsychiatre.
  3. Leurs théories ont-elles fait l'objet de publications sérieuses, validées par des comités éditoriaux, de préférence à échelle internationale ? Rappelons que dans les milieux scientifiques, les théories ne sont reconnues qu'une fois confirmées par la démonstration mathématique (non applicable ici) ou l'expérience.

Citez vos sources. Avec le Web et les hyperliens, il n'y a absolument aucune excuse pour ne pas donner de références précises.

S'il ne s'agit que d'expériences avec des étudiants dans la banlieue grenobloise, ce n'est pas très grave. Mais là, la Montagne joue sur l'émotion légitime de la population face à un drame pour fournir des explications sans doute très simplistes, et qui vont inquiéter à tort de nombreux concitoyens. Rappelons-nous qu'avant les jeux vidéo et l'Internet responsables des viols et meurtres, il y a eu le heavy metal (voir l'affaire Judas Priest dans les années 1980 aux États-Unis) et les jeux de rôle... Un peu de responsabilité et de mesure ne serait pas de trop dans le journalisme français.

(NB: Si je veux des opinions d'universitaires sur des sujets divers, il me suffit d'aller à la machine à café de mon laboratoire. Ça ne fait pas un raisonnement scientifique.)