D'après plusieurs universitaires
Par David Monniaux le mardi, novembre 22 2011, 13:36 - (Mal)journalisme - Lien permanent
Une collègue de l'Université Joseph Fourier faisait des expériences de géophysique sur le terrain quand elle a été aperçue par un collaborateur du Dauphiné Libéré, à qui elle a répondu précisément et de bonne grâce. Quelques jours plus tard, est paru un article truffé d'erreurs et surtout agrémenté des théories géologiques personnelles de son auteur, qu'il faisait passer sous caution académique. L'université n'a pas réagi : toute publicité est bonne à prendre...
Un autre collègue, de l'INRIA, a été interviewé à propos de la fiabilité de l'informatique embarquée, notamment dans les automobiles. À un moment, on l'a interrogé sur l'accident fatal de la princesse Diana. Cet unique extrait a été ensuite utilisé dans un reportage télévisé, afin de dire : « D'après l'expert, cela pourrait être dû à un problème informatique. »
Autant dire que lorsque je lis dans La Montagne
« D’après plusieurs universitaires, la place croissante de la télé et des jeux vidéo explique en grande partie cette montée des violences chez les jeunes. »
je ne peux que me demander qui sont ces fameux « universitaires » il est fait référence.
- Ces universitaires existent-ils vraiment et ont-ils réellement dit ce qu'on leur fait dire ? Après tout, si un collaborateur du Dauphiné Libéré peut rajouter ses élucubrations à un article sur des expériences de géophysique, un journaliste de la Montagne peut fort bien rajouter ses théories psychologiques.
- S'exprimaient-ils dans leur domaine de compétence ? Je me rappelle du cas d'une maître de conférence en anglais et civilisation américaine (qui insistait fortement sur ce titre) qui voulait à toute force faire valoir ex officio son point de vue... sur la biographie Wikipédia d'un pédopsychiatre.
- Leurs théories ont-elles fait l'objet de publications sérieuses, validées par des comités éditoriaux, de préférence à échelle internationale ? Rappelons que dans les milieux scientifiques, les théories ne sont reconnues qu'une fois confirmées par la démonstration mathématique (non applicable ici) ou l'expérience.
Citez vos sources. Avec le Web et les hyperliens, il n'y a absolument aucune excuse pour ne pas donner de références précises.
S'il ne s'agit que d'expériences avec des étudiants dans la banlieue grenobloise, ce n'est pas très grave. Mais là, la Montagne joue sur l'émotion légitime de la population face à un drame pour fournir des explications sans doute très simplistes, et qui vont inquiéter à tort de nombreux concitoyens. Rappelons-nous qu'avant les jeux vidéo et l'Internet responsables des viols et meurtres, il y a eu le heavy metal (voir l'affaire Judas Priest dans les années 1980 aux États-Unis) et les jeux de rôle... Un peu de responsabilité et de mesure ne serait pas de trop dans le journalisme français.
(NB: Si je veux des opinions d'universitaires sur des sujets divers, il me suffit d'aller à la machine à café de mon laboratoire. Ça ne fait pas un raisonnement scientifique.)
Commentaires
Le NB est très drôle.
Pour les deux premiers exemples, on a des liens ?
Merci d'avance.
J'ai récemment vu cet effet dénoncé clairement par le captaine de police Lewis, qui s'est fait arrêter pendant une manifestation d'Occupy Wall Street :
http://www.msnbc.msn.com/id/2113454...
« my statement was edited, and the one step I could take to minimise that was to refuse any interviews with Fox News. And a Fox representative did come to me and I saw the Fox, I said you stay away from me, you are a big part of the problem »
(traduction libre : « ma déclaration a été coupée, et s'i ly a une disposition que je pouvais prendre pour minimiser cet effet, c'était de refuser toute entrevue avec Fox News. Et un représentant de Fox News s'est effectivement présenté à moi, et quand j'ai vu le logo de la Fox, je lui ai dit de garder ses distances et qu'il causait une bonne partie du problème »)
Hélas, encore aujourd'hui, dès qu'on découvre qu'un auteur de violences quelconques (par exemple le "forcené" qui avait attrapé Sarkozy par le col) a dans son armoire un T-shirt Metallica, on a droit au couplet sur le heavy metal... (c'est encore mieux si c'est un crime sanglant et ça marche aussi pour le rap, surtout dans les cas de vandalismes et violences aux personnes).
Alors qu'il ne viendrait à l'esprit de personne de souligner qu'un délinquant en col blanc ou un trousseur de soubrettes est fan de Michel Sardou ou de Johnny, par exemple.
Je rappelle que Christine Boutin, qui n'avait rien d'autre à foutre que d'essayer d'interdire le Hellfest, a tenu à déclarer, malgré tous les échos faisant état de l'esprit bon enfant voire familial (quoique porté sur la bière), que son action avait permis de faire chuter drastiquement le nombre de sigles et saluts nazis sur le site...
Je me posais ce genre de question en voyant les experts psychologues et psychiatres dans les émissions de type "faites entrer l'accusé". Leur propos n'est pas déformé dans ce cas-ci. J'ai cependant toujours cette impression qu'il n'est pas que la parole d'un expert, mais porte également une appréciation personnelle, des impressions. Ces personnes étant "les experts", l'intégralité de leur propos est pris comme la vérité sans nuance de ce qui relève du fait ou de l'opinion. C'est particulièrement embêtant pour des affaires judiciaires.
Si l'université française se souciait un peu de son image, elle ferait la capagne de pub suivante :
"ne croyez pas les papiers parlant "des scientifiques"" en général mais exigez des papiers avec des noms clairement cités". (bon reformuler le tout de façon sexy pour une capagne de pub).
Ca serait très bien pour le grand public et pour l'image de l'université (du genre "demandez à voir ce qu'on fait réellement dans les labos").
Le problème de nombreux journalistes est qu'ils sont amenés à publier sur des sujets où ils ne connaissent (et comprennent) pas grand chose. Et lorsqu'ils sont confrontés à des spécialistes par forcément doués pour la vulgarisation, le journaliste est tenté d'aller au plus simple et de reproduire ce qu'il pense avoir compris.
Pour avoir été amené à devoir exposer à des journalistes des problèmes assez complexe liés à l'application de la TVA (qui ne se limite pas à définir le taux applicable aux restaurants, à leur grande surprise - là, j'exagère un peu, mais à peine) et voir ce qui en ressortait après, j'en suis venu à la conclusion que c'est probablement insoluble.
Dans ce cas, pourquoi ne pas citer les noms des experts, et les éventuels documents plus précis ? Pensent-ils que le lecteur est stupide, et que si eux ne comprennent pas, alors tous les lecteurs comprendront encore moins ?
demander à ce que les experts soient cités et demander une relecture du papier avant publi.
Meme en interne dans un grand groupe ont a des pbs:
Tu fais un presse release interne en allemand.
Tu le retrouve sur l'intranet en allemand, en anglais (ca allait encore) et en francais...et là c'est le drame car la traduction était certes juste mais pas dans le contexte...contexte que le traducteur ne pouvait pas deviner sans nous demander.
Résultat : 2 ou 3 contre vérités aboslues dans le texte en fr.
Quand on demande un avis à l'expert, on cherche en général à confirmer ses préjugés. Je suppose que le journaliste n'a écouté que d'une oreille.
Un peu comme ça :
http://www.theonion.com/articles/ar...