Muriel Marland-Militello, député des Alpes Maritimes, s'inquiète sur son blog d'un récent vol de données sur les députés UMP. Elle élargit vite le débat à des problèmes qui, il me semble, n'ont que peu de lien avec le vol de données :

L’atteinte à l’intégrité des enfants par des pédophiles à des centaines de kilomètres à la ronde dans l’ « anonymat » du net, allant chercher les victimes directement chez elles.

J'aimerais que l'on me cite un cas de pédophile allant chercher un enfant chez lui après contact via Internet. Jusqu'à présent, les seuls cas que j'ai vus mentionnés sont des cas d'enfants (ou, plutôt, de jeunes adolescents) fictifs, leur rôle étant tenus par des militants ou des officiers de police, comme par exemple dans les opérations de l'association américaine Perverted Justice, ou encore des cas de grands adolescents (16-18 ans) fugueurs (quel que soit l'opinion que l'on puisse avoir d'hommes d'âge mûr qui séduisent des mineures nubiles, on ne peut les qualifier de pédophiles). J'ai posé plusieurs fois cette question et je n'ai jamais eu de réponse.

Mme Marland-Militello profite de l'occasion pour pousser sa proposition de loi renforçant la répression des « piratages » de systèmes informatiques, dont les principales dispositions sont

  • Le doublement des peines si la victime est un service public. Personnellement, je me demande en quoi il est plus grave de pirater le site Web d'une université que la liste des clients, avec numéro de cartes bancaires, d'un marchand en ligne...
  • Permettre la suspension de l'accès Internet des coupables.

Nul rapport entre cette proposition et la lutte contre la pédophilie. Pourtant, Mme Marland-Militello nous met en garde :

Il est temps pour les cyber-idéalistes d’ouvrir les yeux : internet est un outil formidable dont la puissance peut être utilisée pour le meilleur (par la grande majorité des internautes) comme pour le pire (par une extrême minorité agissante).

J'ignore à quels cyber-idéalistes cette dame fait allusion, car je n'ai jamais entendu quiconque expliquer que sur Internet, il n'y a que de gens recommandables et qu'il ne s'y déroule rien de répréhensible. Avec tout le respect que je dois à la fonction de Mme Marland-Militello, il me semble que cette réflexion dénote chez elle soit une certaine méconnaissance du sujet qu'elle aborde, soit une certaine malhonnêteté rhétorique, avec la technique de l'« homme de paille » : présenter un point de vue difficilement défendable comme répandu chez ceux avec qui on est en désaccord, puis l'attaquer avec succès.

J'aimerais conclure par des interrogations concernant l'action OpDarkNet revendiquée par des membres du collectif Anonymous : ceux-ci ont piraté à distance un serveur hébergeant des données pédopornographiques. Pareille action me semble parfaitement illégale, du moins en France ; nul ne peut faire justice lui-même, et encore moins se livrer à des effractions, fussent-elles numériques, pour mener des enquêtes officieuses. Je serais curieux de connaître l'opinion de Mme Marland-Militello à ce sujet.