Enseignant dans le supérieur en France
Par David Monniaux le vendredi, novembre 4 2011, 21:34 - Enseignement - Lien permanent
Claire Mathieu a écrit il y a 5 ans un petit article décrivant, à l'usage de nos collègues étrangers en informatique théorique, l'enseignement en France à l'université (dont elle distingue bien les conditions de travail de celles du CNRS, INRIA ou des Grandes écoles).
Lisez son billet et la discussion qui a suivi. En comparaison, mes critiques paraissent « soft ».
Claire est actuellement professeur à Brown University...
(Si vous voulez un résumé de ce qui est dit : la nécessité pour les universités françaises d'accepter tout étudiant muni du baccalauréat, lequel est assez facile à obtenir, conjuguée avec la pratique d'attribuer les postes au pro-rata du nombre d'étudiants dans les formations, conduit à préférer avoir des pléthores d'étudiants non motivés dans des formations médiocrement organisées. Les étudiants sont démotivés, mais savent bien qu'in fine on leur donnera le diplôme.)
(Mon opinion sur la question : je n'ai pas de point de vue d'ensemble sur l'université française, je connais essentiellement des filières scientifiques. Je pense qu'un étudiant qui échoue dans ces filières, sauf à avoir des problèmes personnels ou familiaux, ou à devoir travailler le soir comme c'est hélas très souvent le cas, n'avait vraiment rien à y faire. J'ai vu donner des diplômes à des gens qui n'avaient vraiment pas le niveau...
Indépendamment des problèmes de nombre d'étudiants, les constats qu'elle fait restent valables, à ce que je vois auprès de mes collègues maîtres de conférence. Les universités françaises sont mal organisées, et notamment les services censés soutenir l'enseignement (support informatique, secrétariats...) sont souvent insuffisants, à la fois en effectifs et en compétences. Ceci aboutit à ce que des problèmes d'intendance soient gérés par des professeurs recrutés à bac+10.)
Commentaires
>notamment les services censés soutenir l'enseignement (support informatique, secrétariats...)
Quand ils ne mettent pas directement des batons dans les roues des enseignants. (Parfois ça ressemble à dilbert)
Ca fait quand même un peu mal de cliquer sur un article qui commence par la grosse erreur factuelle sur le taux de réussite au BAC propagée par tous les conservateurs, i.e. le mythe que 80% de la population a le Bac. En réalité, ça fait 15 ans qu'on plafonne aux deux tiers d'une classe d'âge avec le BAC. Et oui, il y a des tas de péquenots qui n'arrivent jamais en Terminale, mais tout le monde s'en fout (c'est pas comme si les universités américaines n'offraient pas non plus des formations aux équivalents français de ces péquenots, hein). C'est fâcheux quand on est prof en informatique théorique d'avoir du mal avec le bayesien :P
@Tom Roud: Effectivement, c'est une erreur factuelle. Maintenant, c'est également un fait que le baccalauréat ne représente pas grand chose du point de vue des connaissances : cf cette monitrice qui me dit devoir rappeler ce qu'est un complément d'objet direct etc. à des étudiants de lettres...
Les amphis pleins d'étudiants démotivés, Claire ne les a pas inventés. Peut-être que la situation s'est améliorée avec les entretiens d'orientation mis en place depuis quelques années...
"Maintenant, c'est également un fait que le baccalauréat ne représente pas grand chose du point de vue des connaissances "
C'est partout pareil, absolument rien à voir avec le Bac. Il y a des étudiants qui traversent tout le système en se remplissant le cerveau de trucs juste pour les exams et qui oublient aussitôt. C'est une réponse évolutive normale à la pression de sélection (et puis, n'est-ce pas ce que l'économie leur demande en somme ? Ils sont adaptés au monde, je crois.)
Maintenant, en terme de connaissances, ça se discute aussi. Par exemple, les bacheliers S aujourd'hui ne savent certainement plus utiliser une règle à calcul, mais connaissent un peu mieux la structure de l'ADN, la mitose et la génétique. Le niveau du Bac me semble quand même toujours plus élevé que ce qu'on attend du freshman dans une université US.
La démotivation des élèves ne vient-elle pas du fait que justement le bac n'est pas un diplôme d'entrée à une formation de la fac mais le sésame d’accès à la fac ? Par exemple, à mon époque (je cogne virtuellement le premier qui pense "au siècle dernier"), pour viser les grandes écoles, il fallait le bac C ou E et un bon classement pour rentrer en prepa. Ce système, motivant je dois le dire, perdure encore pour les Grandes Ecoles mais n'a pas d'équivalent en fac ou alors de façon cachée, comme pour les études de médecine où le tri se fait pour l'entrée en deuxième année par exemple. certains élèves vont donc dans une filière par défaut (alors, la motivation ...)
A force d'entendre que sans le bac on ne peut rien faire, les élèves le passent (pour se rendre compte qu'avec le seul bac on ne peut rien faire).
D'autre part, l'absence de formations reconnues comme valables (par les élèves, parents et société) avant le bac pousse les élèves vers des études qui ne les intéressent pas.
Enfin, je pense qu'il faudra un jour ou l'autre se poser la question du nombre d'étudiants admissibles dans une formation, non selon la taille de la salle, mais en fonction des débouchés (combien de maitrise d'histoire par an ?)
L'enfer c'est toujours les autres... ah, c'est facile d'être professeur à Louis-le-Grand ou à l'Ecole Normale car les élèves y sont (étaient ?) disciplinés et studieux, même si le prof est nul ils s'en sortent quand même.
Si blâme il y a, il n'est certainement pas à faire reposer sur les étudiants que l'on autorise à s'inscrire en université après avoir décroché ... le diplôme qui les autorise à s'inscrire en université !
C'est notre incompétence pour gérer l'éducation nationale qui conduit à un bac au niveau insuffisant. C'est de nouveau notre incompétence qui fait que 50% des élèves quittent la fac avant la licence et sans y avoir appris grand chose. C'est enfin tout autant notre faute si des étudiants en sociologie sortent de nos facs en disant "qu'ils ont tout fait comme il fallait" et qu'ils croyaient désormais que la vie était dans la poche, qu'ils auraient une jolie maison et une jolie famille tout en étant bien payés. Et des élèves qui s'estiment parvenus parce qu'ils ont réussi à entrer à l'X et s'imaginent qu'à partir de là c'est les vacances aux frais de l'Etat, tu en as vu autant que moi.
Bref ce n'est certainement pas le lobby pétrolier, ni le complexe militaro-industriel, ni la diaspora juive de mèche avec les banquiers qui fait que notre système éducatif est une honte !
Par contre à Paris VI j'en ai vu des maîtres de conférences pédagogiquement incompétents. Des tir au flanc aussi.
Hors sujet de ce billet mais je pense dans le sujet du blog sur la recherche et les chercheurs :
http://linuxfr.org/users/lasher/jou...