Il me semble que cette analyse est excessive, et prend pour un changement de fond ce qui me semble au contraire être dans la droite continuité de pratiques habituelles, plus anciennes, de notre société et de l'enseignement. Il suffit pour s'en convaincre d'observer le comportement de nos collègues universitaires, dont une partie, je n'en doute pas, déplore le comportement des « étudiants d'aujourd'hui ».

Un enseignant-chercheur universitaire a trois fonctions : la recherche, l'enseignement et l'administration. Cette dernière est activité généralement considérée comme désagréable, une sorte de mal nécessaire : rares sont les universitaires qui apprécient de parlementer des heures avec le personnel administratif, préparer des budgets, remplir des dossiers... Aussi, il n'est pas rare d'entendre à peu près ce discours :

« Ne perds pas de temps sur ce rapport ! De toute façon personne ne le lira, au mieux ils le survoleront. Bâcle-le et repassons aux choses importantes. »

Bref, l'universitaire considère assez souvent que certaines activités administratives sont peu utiles, mais sont imposées afin qu'ils puissent faire ce qui lui importe, soit la recherche et l'enseignement de leur discipline.

Cette attitude, il me semble, est également celle de l'étudiant. Qu'est-ce qui importe à l'étudiant ? Qu'on lui fiche la paix pour qu'il puisse mener ce qui l'intéresse réellement. Qu'on lui donne son diplôme à la fin, diplôme exigé pour qu'il puisse avoir un emploi (si j'ai bien compris, on exige maintenant un master2, soit bac+5, pour enseigner en classe de sixième...). Le devoir à rendre peut alors apparaître comme un détail administratif, qu'il s'agit d'évacuer rapidement et par tout moyen.

On peut, bien sûr, déplorer cette approche consumériste du savoir vu non pas comme intéressant en soit, mais comme mal nécessaire pour l'obtention de tel ou tel sésame. Pourtant, quel enseignant pourra attester que, lorsqu'il était lui-même lycéen ou étudiant, il suivait avec le même intérêt tous les cours, et n'a pas passé quelque matière parce qu'il était obligé par le cursus ? Un peu de sincérité !

Bref, « les jeunes » ne me semblent pas avoir un rapport différent à la réalité et à la vérité : ils font comme une bonne partie de la société, ils bâclent ce qui ne les intéresse pas et qu'ils peuvent bâcler sans trop de conséquences négatives.