Je ne résiste pas à l'envie de vous rapporter le contraste entre les deux procédures administratives suivantes :

L'État souhaite favoriser la vie familiale de ses agents. Pour cela, il octroie aux fonctionnaires pères ou mères de familles un « supplément familial de traitement ». Attention, c'est sous conditions : seul un des deux conjoints peu en bénéficier, sur présentation des justificatifs.

Le montant mensuel de ce supplément est de 2,29€ pour les parents d'un seul enfant. Autant dire que le coût de traitement de la mise en place de la mesure est du même ordre qu'un an de versement de ce supplément.

En parallèle à cela, j'apprends grâce à Rue89 l'existence d'un corps de fonctionnaires, les « inspecteurs de l'Académie de Paris », distincts des inspecteurs pédagogiques régionaux, des inspecteurs d'académie et des inspecteurs généraux de l'Éducation nationale. La lecture de ce rapport de la Cour des Comptes est édifiante :

  • Ces fonctionnaires sont rémunérés en hors-échelle A, certains avec une rémunération nette de 4500€ par mois. (À titre de comparaison, car je sais que mon lectorat comprend des collègues et des doctorants : c'est donc plus que ce que peut espérer un chargé de recherche au CNRS en fin de carrière ; c'est ce que peut obtenir un directeur de recherche de deuxième classe au CNRS en fin de carrière, et vous savez combien il est difficile de devenir directeur de recherche.)
  • Contrairement aux catégories de personnels citées plus haut, où l'on exige des diplômes, de l'expérience professionnelle, le passage de concours, etc., il suffit pour être nommé à ces postes d'un décret présidentiel.
  • Cinq des personnes ont été nommées à ces emplois à moins de 40 ans, à des niveaux de rémunération correspond donc à ceux de personnels hautement qualifiés à fin de carrière.
  • Une partie des personnels concernés exerçaient des fonctions dans d'autres administrations ou organismes en dehors de tout cadre légal (*) ; certains ne justifiaient d'aucune activité.

Je laisse le lecteur conclure, de peur que l'on ne m'accuse encore une fois de populisme, de poujadisme et d'anti-élitisme maladif.

(*) Il y a parfois des raisons valables pour qu'une administration paye un fonctionnaire pour exercer des fonctions dans une autre administration, mais normalement cela passe par la signature de conventions de mise à disposition, avec éventuellement reversement de tout ou partie du salaire.

PS Un lecteur, probablement également populiste et poujadiste, me rappelle le cas de M. Dominique Tibéri, nommé contrôleur général économique et financier,

« Vu l''eavis dévaforable émis le 10 janvier 2011 par la commission instituée par l'article 8 de la loi n° 84-834 du 13 décembre 1984 susvisée. »

C'est sans doute son doctorat en gestion, dont je ne trouve d'ailleurs pas de trace dans le SUDOC, qui lui a valu cette nomination.

PS² Le jugement de la Cour de discipline budgétaire et financière relatif aux Inspecteurs des l'académie de Paris a été publié aujourd'hui au Journal officiel. Plus que les amendes modiques (quelques centaines d'euros) qui ont été prononcées, c'est la liste des attendus qui est intéressante : les magistrats ont visiblement tenu à mentionner toutes les irrégularités et bizarreries entourant la gestion de ce corps.

Par comparaison, des universitaires et des administratifs de l'enseignement supérieur se sont vus infliger des amendes de plusieurs milliers d'euros pour des imputations de dépenses (dont l'utilité n'était pas contestée) sur de mauvaises lignes budgétaires.