Dans les établissements d'enseignement supérieur et de recherche, il était courant d'avoir des comptes « invité » anonymes pour l'Internet sans fil, soit permanents, soit temporaires, créés notamment pour les colloques. Il suffisait d'afficher pour les participants « Wifi, nom d'utilisateur=blabla, mot de passe=bidule ».

Hélas. DADVSI, HADOPI et compagnie sont passés par là, et les institutions veulent se couvrir au cas où un scientifique voudrait télécharger le dernier Rihanna. Dorénavant, il faut avoir une liste nominative des participants et leur attribuer à chacun un nom d'utilisateur et un mot de passe permettant leur identification.

Remarquez, en Italie, c'est pire : il faut vérifier les documents d'identité du scientifique avant de lui remettre son mot de passe. Il est bien connu, en effet, que les gens vont à des colloques universitaires sous des noms d'emprunt afin de pouvoir télécharger le dernier Zucchero... ou peut-être de poster des messages insultant le Président du Conseil ?

Toujours est-il qu'il faut maintenant rajouter une étape de secrétariat aux tâches déjà chargées de l'organisateur de colloque.

Si j'ai bien un reproche à faire aux industries du divertissement, et à certains milieux se voulant culturels, c'est bien cette idée que l'entièreté de la société doit s'organiser en fonction de leurs intérêts. Par leurs tentatives répétées d'exiger la mise en place de mouchards et de dispositifs d'écoute, leur hostilité à la transparence financière conjuguée à la réclamation incessante de subventions, « redevances », aides et taxes, elles expriment leur mépris du public, tout juste bon à payer et à être surveillé.

Prenons par exemple les affirmations que l'identification systématique sur Internet serait légitime parce que les automobiles portent des plaques d'immatriculation. L'automobile est un engin qui, mal utilisé, tue et blesse grièvement ; par comparaison, l'éventuel manque à gagner du chanteur qui voit son disque copié paraît bien négligeable. Et pourtant, nous continuons d'entendre pareils argumentaires !

Cela passerait encore, s'il n'y avait pas une curieuse tendance d'une partie du personnel politique à acquiescer à tous ces désirs...

(Je mets « redevance » entre guillemets car la redevance copie privée ne correspond pas à la définition de ce terme dans un dictionnaire comme le TLFI. On y trouve « Droit perçu sur les usagers d'un service public par le gestionnaire de ce service public et généralement proportionnel au service rendu ».

Les sociétés de perception et de répartition des droits ne sont pas des services publics ; ce sont des organismes privés, qui offrent souvent des salaires très confortables à leurs cadres, allant au delà de ce qui est pratiqué dans la fonction publique. La redevance copie privée, par ailleurs, est due même si l'on ne fait nullement usage du support acquis pour stocker des œuvres gérées par ces sociétés : ainsi, je la paye pour des DVD stockant mes photographies personnelles et mon travail professionnel, autrement dit en l'absence de service rendu.

Il me semble que le terme adapté serait « taxe parafiscale », mais officiellement ces taxes, fixées par voie réglementaire, ont disparu. D'ailleurs, comment peut-on tolérer que ce soit une commission qui fixe le montant de la redevance copie privée, et non le Parlement ?)