On m'interroge sur le sexisme dans l'informatique. Je peux difficilement parler de la situation dans les SSII ou plus généralement dans l'industrie ; je vais donc parler de la situation dans l'enseignement supérieur et la recherche. Je ne prétends d'ailleurs pas faire une étude du sujet : je n'ai ni les données ni le temps, et renvoie donc sur les travaux de ma collègue Isabelle Collet.

Je connais des laboratoires où tous les chercheurs sont des hommes et tous les personnels administratifs (« secrétaires » ou « assistantes ») sont des femmes ; c'est même assez courant. J'ai cependant l'impression que l'on voit actuellement plus de doctorantes, en proportion, qu'il y a 10 ans ; je n'ai pas de statistiques pour vérifier cela.

Y a-t-il pour autant sexisme ? Il faut pour cela examiner les modalités de recrutement. On recrute les chercheurs après le doctorat, et les doctorants après master (bac+5) ou école d'ingénieur. Dans les écoles d'ingénieur, il y a habituellement 15% de jeunes filles ; la situation est il me semble pire dans les écoles normales supérieures filière maths, informatique ou physique (l'existence, il y a une trentaine d'années, d'ENS séparées par sexe introduisait de fait un quota minimal de femmes). Il faudrait donc un miracle pour atteindre les 50% de doctorantes ou de chercheuses : les choix déséquilibrés sont faits bien en amont.

J'ai entendu plusieurs jeunes filles qui avaient suivi des classes préparatoires aux grandes écoles mentionner que leur entourage les avait découragé : c'était « trop dur », « trop stressant », elles n'y arriveraient pas, etc. Je soupçonne qu'il y a ainsi une sorte de censure familiale contre les études censées être trop élitistes ou trop prenantes. Un autre problème des classes préparatoires : le manque d'internats féminins.

Toutefois, les problèmes viennent bien en amont. Il est manifeste que l'on considère, par défaut, que les tâches ménagères sont du domaine féminin, tandis que les tâches techniques sont du domaine masculin. Ce genre d'idées est inculqué par les médias, la publicité, la famille et même sans doute l'école.

C'est ainsi que se forment des idées et des préjugés. Je me rappelle ainsi d'une personne qui s'étonnait que je sois en DEA d'informatique alors que j'avais l'air normal : à partir du moment où l'on croit que le profil général de l'étudiant en informatique est le geek inculte ne voyant que rarement le soleil, on peut avoir du mal à se diriger dans cette filière. J'ai déjà évoqué le fait que les jeunes choisissent souvent leur filière d'enseignement sur la base d'informations douteuses ou sous la pression de leur famille, laquelle est rarement compétente en la matière.

Dans ces circonstances, et aux emplois que j'occupe, j'estime que je peux difficilement œuvrer pour la parité. Ainsi, je n'ai jamais remarqué de sexisme dans les instances de recrutement auxquelles j'ai assisté... Le problème semble vraiment venir de l'amont, sur lequel je n'ai presque aucune prise.