Le débat des primaires socialistes porte maintenant sur les retraites.

Pour ma part, ce que je reprocherais au système de sécurité sociale français, c'est son côté incompréhensible : on prend de l'argent sous de multiples formes (cotisations patronales, salariales, CSG, CRDS..), puis on le redistribue selon de multiples canaux. J'ai dernièrement reçu un courrier du service des retraites de l'État : j'ai des droits au régime des fonctionnaires, au régime général (je croyais avoir demandé leur rachat vers le régime des fonctionnaires, mais cela n'a visiblement pas encore été traité), à l'ARRCO, à la retraite complémentaire de la fonction publique, etc. Pour tout arranger, je dois déposer une réclamation car quatre années ont été oubliées.

Malgré tous ces feuillets, je suis incapable de dire à quel âge, selon la réglementation actuelle, je pourrais partir en retraite, en touchant quelle retraite ; ou plus généralement la courbe de la retraite en fonction de l'âge de départ. Il faudrait sans doute que je lise des ouvrages spécialisés. Franchement, quand le Canard enchaîné se moque de règlements qui font appel à des mathématiques de niveau lycée, il ferait mieux de se pencher sur la question des retraites !

Ce côté à la fois imposé et incompréhensible a des conséquences parfois délicates. Par exemple, la recherche emploie de nombreux étrangers qui ne comptent pas s'installer en France : par exemple, des indiens, qui cherchent au final un emploi dans un pays de langue anglaise. On prélève des cotisations retraite à ces gens, mais seulement pendant quelques années. Quels droits cela leur ouvre-t-il, le cas échéant ? Quelles procédures incompréhensibles ces gens, qui ne parlent souvent pas français, devront-ils suivre afin de ne pas voir ces sommes qui leur ont été prélevées d'autorité être perdues pour eux ? N'auraient-ils pas préféré toucher cet argent ?

Je pourrais multiplier les histoires des bizarreries de notre système de protection sociale, par exemple le collègue indien dont l'accident vasculaire cérébral sur le lieu de travail a manqué de ne pas être couvert par l'assurance maladie, au motif qu'il n'avait alors travaillé en 2011 que 53 heures et non 64 h. Le fait est que nos fiches de paye, nos droits à la retraite, nos droits au remboursement maladie, sont trop complexes donc incompréhensibles. Une conséquence probable est le surcoût de gestion...

PS Pour ceux qui douteraient de la complexité de notre système social : pour des raisons que j'ignore, les établissements publics tels que les universités qui prennent des CDD ne cotisent pas au chômage, mais payent directement les allocations de retour à l'emploi, ce qui suppose de budgétiser environ 10% du salaire. Pourquoi font-ils ainsi, est-ce que des entreprises privées pourraient faire de même ? Mystère et boule de gomme.

PS² Pour ceux qui diraient que c'est normal, je suis un scientifique, l'administration ce n'est pas mon truc : je fais sans problème du chiffrage de projets de recherche (taux de frais de structure, taux d'environnement, TVA récupérable ou pas, provision pour ARE, etc.), j'ai déjà passé des trucs que l'administration jugeait impossibles selon les marchés publics (« selon le nouveau règlement, ce matériel rentre en catégorie xxx et pas yyy, donc c'est hors marché »), mais le système de protection sociale, cela me dépasse : à chaque fois que je crois comprendre, je m'aperçois que je me trompe.