La Wikipédia en italien est fermée pour protester contre un projet de loi qui permettrait (je ne parle pas italien, donc sous ŕeserves) à toute personne d'exiger de tout site Web publiant des informations à son sujet de publier une version corrigée sous 48h, sans intervention d'un juge. La Repubblica a un article sur le sujet.

De nombreuses personnes sont mécontentes de leur page Wikipédia, certaines pour de bonnes raisons, d'autres pour des raisons moins avouables : telle personnalité politique voudrait faire oublier des « affaires » ou des prises de positions malheureuses, tel artiste voudrait ne faire apparaître que les critiques positives et faire oublier ses « fours », etc. À lire les demandes de certains, on ne devrait avoir le droit de publier que des hagiographies validées par la personne concernée. Il en est de même de certaines entreprises, qui semblent estimer que l'ensemble des articles publiés à leur sujet devrait être validé par leur service communication. Manifestement, pour certaines personnes, toute appréciation critique ou toute mention de faits négatifs relève de la « diffamation ». S'il en était ainsi, on ne pourrait guère écrire : sans la liberté de blâmer, il n'est pas d'éloge flatteur.

Heureusement, le droit français ne permet d'exiger directement le retrait d'un contenu en ligne que s'il est « manifestement illicite » : par exemple, des photographies pornographiques avec des enfants. En cas de refus, il faut sinon passer par l'appréciation d'un juge. Il existe par ailleurs un « droit de réponse », mais celui-ci est assez strictement encadré afin d'éviter des demandes abusives.

Dans les affaires de liberté d'expression sur Internet, j'ai toujours défendu l'idée que seule une autorité judiciaire indépendante doit pouvoir ordonner le retrait ou le blocage de contenus. Loin de défendre la liberté de diffamer, je suis au contraire en faveur de procédures rapides et dissuasives à l'encontre de ceux qui, par malice, accusent d'autres des délits imaginaires, ou toutes autres imputations du même genre. Il me semble d'ailleurs qu'il faudrait faire la différence entre d'une part des personnalités publiques, ayant accès aux médias et disposant de moyens de défense, et les simples particuliers victimes de cabales.

En revanche, je suis opposé à toute procédure qui remplace l'appréciation du juge par celle du personnel de l'hébergeur Internet, ou d'une autorité administrative. L'hébergeur ne voudra pas prendre de risque et censurera tout ce qui semble mécontenter une personne influente (sans parler du fait que le personnel de hotline des FAI et hébergeurs n'est pas réputé pour sa finesse légale et culturelle). L'autorité administrative voudra prouver son utilité en faisant du chiffre, comme l'Internet Watch Foundation britannique.

Bien sûr, la situation de la Wikipédia en italien est particulière : c'est un site participatif dont l'écrasante majorité des participants proviennent d'un seul pays (la suisse italienne, Saint Marin et les italophones d'ailleurs ne pesant pas lourd) ; il serait plus difficile d'obtenir pareille décision sur la Wikipédia en français (les québécois se fichent bien du droit français) ou, pire, en anglais. Pour autant, la décision des wikipédiens italiens est-elle un coup de semonce, annonciateur de campagnes de grands sites Web contre des législations néfastes ?

En attendant, j'attends des informations factuelles sur ce projet de loi, de préférence par des gens lisant l'italien et comprenant notamment les termes juridiques et leur contexte dans le droit italien.