Je suis d'ailleurs assez choqué que certains ramènent la démocratie à l'élection seule ; c'est fort discutable, car d'une part il existe des pays à démocratie directe développée (près de nous, la Suisse), d'autre part la démocratie suppose bien plus que des élections, même des élections non truquées, par exemple que les partis en présence représentent des alternatives réelles. Mais passons.

La focalisation du traitement médiatique sur les activités du personnel politique relève, je pense, de la même myopie que celle qui fait créer des émissions de télévision au sujet du mercato des personnels de la télévision (Morandini). Ceci est sans doute dû en partie à la proximité entre les responsables politiques nationaux d'une part et les médias d'autre part, dont les unions entre femmes journalistes et hommes politiques ne sont qu'un exemple particulièrement voyant. Toujours est-il que l'habitude est prise de considérer que la politique, ce ne sont pas les politiques menées et la prospective, mais les « petites phrases » et la question de qui sera élu à telle ou telle fonction.

Pour briser les habitudes et permettre de penser en dehors des cadres préétablis, je vous propose une petite expérience de pensée : que l'on se mette à traiter l'actualité scientifique comme l'on traite l'actualité politique.

On ne parlerait plus des découvertes, ou si peu. On évoquerait encore plus rarement leurs implications lointaines. En revanche, on parlerait beaucoup des chercheurs : untel a fini par se faire élire classer sur un poste, Dupont s'est fâché avec Dumoulin à propos d'un financement, Dugland s'écharpe avec Durand à chaque fois qu'il le rencontre dans un colloque. On évoquerait la lutte entre écuries ou domaines pour le contrôle de tel ou tel poste prestigieux. On donnerait des pronostics sur l'attribution de tel ou tel prix, de telle ou telle chaire. On présenterait les discussions entre écoles de pensée comme des combats entre groupes d'« amis ». On discuterait en continu de montages d'IDEX, EQUIPEX, ANR, ERC, etc. On pourrait épicer l'histoire en rapportant quelques détails salaces, comme Dugenou qui a fait recruter une jolie blonde russe en omettant de dire que c'est sa maîtresse.

Je ne suis pas sûr qu'une telle couverture donnerait à la population une vision très claire de ce que sont les grands enjeux scientifiques. J'ai peur qu'il n'en soit de même de la couverture de la politique par les médias.