Les uns et les autres glosent sur les conditions du plan d'austérité imposé à la Grèce.

Je n'ai qu'une expérience limitée de ce pays ; en revanche, j'ai des collègues qui y ont travaillé assez longuement sur des projets européens en collaboration avec des locaux, et qui ont dit qu'ils ne le referont pas. En effet, la caractéristique de la Grèce est que rien ne fonctionne comme c'est indiqué ou planifié.

Le tramway des Jeux olympiques ? Moins d'un mois avant son inauguration, ils en étaient encore à poser les caténaires, c'est un miracle qu'il ait fonctionné. L'autoroute du Pélopponèse ? Elle est à deux voies, apparemment parce que le financement européen ne couvrait que la moitié des coûts, le reste devant être supporté par la Grèce, qui ne l'a pas fait ; mais ce n'est pas grave, on roule à cheval sur la bande d'arrêt d'urgence. Tout est du même acabit. Si des travaux sont prévus, ils ne seront pas faits, ou faits à moitié.

(Par exemple, une collègue s'est fait arracher la tuyauterie d'essence de sa voiture par un fer à béton sortant de la route : visiblement les ouvriers avaient « oublié » de couper celui-ci ; des collègues ont vu des capteurs scientifiques écrasés par des chars de carnaval parce que les conducteurs de ceux-ci les ont garé là où ils n'en avaient pas le droit et que la clôture commandée n'avait jamais été construite.)

La fraude semble généralisée. Je ne sais pas si c'est toujours d'actualité, mais il y a une dizaine d'années on ne payait pas d'impôts sur les maisons non finies ; aussi les gens habitaient dans des maisons dont une partie restait ostensiblement incomplète. Et ces hôtels qui vous demandent de payer cash, prétextant que la carte Visa n'est pas acceptée, alors qu'ils ont le sigle Visa et le terminal de paiement...

Ceci dit, le coup des cartes bancaires non acceptées, on le retrouve en Italie. Je suis à Venise pour une conférence organisée par l'université locale, et, pour des raisons de réservations, je dois changer entre deux hôtels. Le premier a un terminal de cartes qui ne fonctionne pas. Bizarrement, il n'y a qu'en Italie ou en Grèce que cela m'arrive, le terminal de cartes qui ne fonctionne pas dans les hôtels. Le second me demande de payer en cash, et devant mon objection que le montant est trop élevé pour que cela soit faisable, me demande d'en payer au moins une partie ainsi.

Comparez ces mœurs avec celles des pays nordiques, et vous sentirez le choc. Franchement, on comprend que les allemands, les suédois etc. n'aient pas envie de payer pour les pays à l'esprit « méditerranéen » ! Comment peut-on imaginer une solidarité entre des cultures si différentes !

PS Pour ramener à l'esprit « corporatisme universitaire » de ce blog, j'ai cru comprendre qu'en Grèce comme en Italie, le monde de la recherche est sous-payé et très mandarinal, deux caractéristiques peu propices à un bon fonctionnement.

PS² Après avoir exigé un paiement en liquide « parce que la machine à carte ne fonctionne pas », l'hôtelière a fait la tête quand j'ai demandé une facture ; expliquant qu'elle ne pouvait prendre pareille responsabilité, elle m'a invité à attendre que sa collègue rentre. Là encore, allez dans n'importe quel hôtel en France, Islande, États-Unis, etc. on vous donnera une facture acquittée pour tout paiement.