Le commentaire médiatique est une sorte de jeu de Scrabble. Il y a des mots qui autorisent à diviser la profondeur des concepts et la qualité de l'analyse, tout en restant publiable.

Division par 3 : « Internet ». Exemple : les marchands de journaux mettent sur la voie publique, à hauteur d'yeux des enfants, des publicités pour des revues pornographiques avec des slogans vulgaires, mais l'urgence est d'instaurer un filtrage sur Internet afin d'empêcher les adolescents d'y trouver la pornographie qu'ils y recherchent. Un jeune norvégien se fait des films politiques et passe à l'acte ? La faute à Internet, que pourtant n'utilisaient ni Action Directe ni Timothy McVeigh, qui eux aussi estimaient que le gouvernement de leur pays trahissait son peuple et que ce dernier devait être tiré de sa torpeur par une action violente.

Division par 10 : « les réseaux sociaux ». N'importe quelle suggestion ou explication d'un phénomène social est publiable à condition qu'elle mette en jeu les fameux réseaux sociaux. Exemple : les révolutions arabes et les émeutes en Angleterre, ce sont les réseaux sociaux. On va mettre deuxtrois personnes pour écrire ensemble, jusqu'à présent ça semble peu original, mais comme c'est sur Twitter, on appelera ça un « twinome ». Etc.

PS Bruno Bourg-Broc propose que l'État, par exemple via la HADOPI, surveille les « réseaux sociaux » afin de protéger la jeunesse inconsciente des mauvaises influences.