Le Nouvel Observateur évoque la baisse du nombre de contributeurs de Wikipédia. Deux points ont particulièrement attiré mon attention.

Les journalistes relèvent qu'un de leurs confrères leur a déclaré « Presque tout ce qui est écrit sur ma page Wikipedia est faux, ou disproportionné. Personne ne l'a jamais modifiée. » Cette affirmation ne comporte hélas pas le nom du confrère concerné, de sorte qu'elle est invérifiable ; essayons toutefois de raisonner.

La « maintenance » d'un article suppose qu'il y a une masse suffisante de lecteurs intéressés par le sujet. Or, pour la plupart des biographies, les seules personnes intéressées sont d'une part le sujet lui-même, ses amis, sa famille, ses collaborateurs, d'autre part ses ennemis. Les sources vérifiables manquent. Ce journaliste se plaint de ce que sa biographie n'a jamais été modifiée ; c'est bien un signe qu'elle n'intéresse pas grand monde.

Relevons également que la plainte concerne non seulement la fausseté des faits évoqués, mais leur disproportion, notion assez subjective, et qu'apparemment ce journaliste n'a pas envoyé de courriel de réclamation.

Le paragraphe final est également intéressant :

Les difficultés de Wikipedia annoncent-elles un retour en grâce de la bonne vieille collection de bibliothèque rédigée par des savants rémunérés ? Ce monde-là paraît bien englouti : Microsoft a mis fin à «Encarta», le «Grand dictionnaire encyclopédique» de Larousse n'est plus commercialisé depuis des lustres, et l'Encyclopædia Universalis ne s'adresse plus qu'à un public capable de débourser 3600 euros et de ranger ses trente volumes. Même le Quid a cessé de paraître. Même le Quid.

Quelques observations :

En tant que « savant », je crois pouvoir affirmer que la rémunération n'est pas la première motivation d'un universitaire qui rédige un ouvrage érudit. La plupart de ces ouvrages se vendent peu, et la rémunération des auteurs est plus symbolique que monétaire : c'est d'avoir leur nom sur la couverture, ou en bas de l'entrée encyclopédique.

Nous n'avons aucune preuve que les articles d'Encarta ou du Quid, non signés, étaient rédigés et mis à jour par des spécialistes.

Les encyclopédies papiers sont certes coûteuses et encombrantes, mais l'Universalis existe également en version en ligne, sur abonnement. Mes principales critiques à son égard sont les choix éditoriaux assez discutables (certains sujets importants sont évacués en un unique article de survol, la science des 40 dernières années, c'est-à-dire depuis les premières éditions d'Universalis, est parfois ignorée...) et une rédaction assez hétérogène, qui manque de liant entre les articles.