Il m'arrive de temps à autre de tomber sur des articles, des blogs, etc. signés de personnes qui laissent entendre qu'ils sont « professeurs » ou du moins enseignant « à l'université », sans citer précisément laquelle. J'avoue que j'ai alors souvent le réflexe d'aller chercher confirmation de ces faits.

Rappelons qu'en France, « professeur des universités » désigne un corps de la fonction publique d'État, dans lequel on est nommé par décret présidentiel, lequel est publié au Journal officiel. Il est donc facile de vérifier, en consultant Légifrance, s'il y a eu une nomination à ce nom depuis 1990. En revanche, les nominations de maîtres de conférence (un corps d'enseignants-chercheurs de rang inférieur aux professeurs) n'y sont pas publiées... mais les listes de qualifications aux fonctions de maître de conférence ou de professeur le sont (encore que les listes 2010 ne soient pas encore sorties).

Il est également facile de vérifier si une personne est dans une unité du CNRS (propre ou associée à une université) : il suffit de consulter l'annuaire de cet organisme. En tant que chercheur, j'ai d'ailleurs accès à plus d'informations que celles affichées au public, et notamment au type de personnel...

Enfin, pour être chercheur ou enseignant-chercheur, il faut avoir un doctorat. Les thèses de doctorats sont déposées dans les bibliothèques universitaires, dont les catalogues sont centralisés dans le SUDOC. Bien entendu, il y a des « trous », notamment sur les thèses anciennes, sans parler des entrées mal orthographiées. On peut aussi chercher dans WorldCat pour les thèses étrangères.

On peut également utiliser les moteurs de recherche bibliographiques pour voir s'il y a des publications au nom de la personne rencontrée. En effet, les enseignants-chercheurs et chercheurs doivent publier des ouvrages ou articles témoignant de leur travail de recherche.

Enfin, on peut tout simplement utiliser Google et vérifier si le nom d'un intervenant est mentionné dans une formation universitaire ou un laboratoire.

Il faut bien sûr être prudent : en sciences humaines et sociales, les sites des universités sont souvent très elliptiques, et les articles mal référencés. Les femmes sont parfois répertoriées sous plusieurs noms, au gré des mariages et divorces, etc.

Toutefois, l'absence totale de résultats de recherche dans toutes ces catégories est un signe qui doit attirer l'attention. Je ne citerai pas de noms, mais on a parfois des surprises si on fait ce genre de vérifications. J'en reste donc à un principe simple : quand on se prétend « professeur » ou « enseignant à l'université », on précise laquelle (et à quel titre).

PS Certains ont compris mon article comme une attaque contre les vacataires et autres enseignants non titulaires. Ce n'est évidemment pas mon propos. Je faisais allusion au fait que des gens utilisent comme argument d'autorité une association avec une université alors que cet argument n'est pas valable. Ainsi, dernièrement, il y a eu le cas d'un quidam employé à un poste administratif à l'EPFL, mais qui jouait sur la confusion et sur le fait qu'il était titulaire d'un doctorat en mathématiques afin de promouvoir un ouvrage climatosceptique. Vous voyez clairement la différence entre une personne titulaire d'un doctorat dans une autre discipline que celle sur laquelle il écrit, travaillant à un poste administratif, d'une part, et un expert du domaine considéré, reconnu internationalement (publications etc.).

(Note : si pour être enseignant-chercheur titulaire à l'université, il faut un doctorat et, du moins dans les bonnes universités dans les disciplines scientifiques, des publications de bon niveau international, en revanche, pour enseigner tout court, il suffit d'être engagé pour faire des vacations, Ainsi, un étudiant en début de thèse peut très bien enseigner à l'université, de même qu'un intervenant extérieur enseignant un domaine technique.)