J'ai déjà exprimé, je crois, tout le mal que je pensais du site Le Post, qui publie des articles rédigés par des internautes anonymes, dont seule une portion est relue par la rédaction, elle même semble-t-il peu rigoureuse sur les vérifications. Les affirmations non vérifiées, sans source, ou relevant de la pure opinion s'y multiplient ; c'est ce que pourrait être Wikipédia sans les règles de vérifiabilité et de neutralité de point de vue...

Prenons par exemple cette article cet article d'une dénommée Orabelle.

Aujourd'hui je viens de lire sur deux sites de journaux qu'une jeune fille de 17 ans environ s'est fait enlever à Privas (Ardèche) le dimanche 17 juillet dernier par quatre hommes assez jeunes, je crois, ... J'ai voulu trouver le récit de ce rapt sur Le Post mais en vain.

Autrement dit, « je vous raconte un fait divers de mémoire, dont je n'arrive pas à retrouver la trace dans les sites d'information, et je ne vous fournis donc aucune citation d'un article factuel sur le sujet ».

Continuons.

Il y a trente ans, je ne vous aurais pas parlé comme cela mais aujourd'hui, je le fais car la criminalité a augmenté sur le territoire français ainsi que les enlèvements de personnes jeunes, surtout de femmes.

Il me semblait que les études de sociologues comme Laurent Muchielli montraient une baisse à long terme de la criminalité. On me dira qu'il s'agit de délires de chercheurs du CNRS gauchistes et déconnectés de la vraie vie des gens du terrain qui voient sous leurs yeux dans les journaux des récits d'enlèvements et meurtres.

Continuons.

Les ravisseurs sont des hommes qui ne sont pas à la mendicité! Ils possèdent des voitures, souvent puissantes

Sans exiger une étude sociologique ou statistique, on pourrait demander quelques faits à l'appui de cette affirmation. On pourrait également observer qu'une majorité des ménages possède une automobile, et qu'il serait donc au contraire surprenant que les ravisseurs n'en possèdent pas.

Ils sont mariés ou en concubinage ou encore divorcés ; ils ont des enfants, majoritairement des garçons, mais ils n'en ont pas énormément : deux, peut-être trois...

Sachant que le fait d'avoir un garçon ou une fille découle d'un hasard chromosomique, et que donc ce n'est pas le fait d'être violent ou agressif qui tend à faire produire des garçons, il faudrait en déduire qu'avoir des fils encourage à l'agressivité. Magnifique !

Certains indices doivent les désigner comme étant des gens capables de tuer, mais tout le monde n'est pas perspicace et intuitif ou doté de flair! Il faut savoir observer un homme, analyser son comportement, ses réactions, les remarques qu'il fait, les opinions qu'il donne, les goûts qu'il a. On n'a pas toujours le temps, dans la vie courante, de s'adonner à ce travail psychanalytique... Néanmoins quelqu'un qui n'a aucune vie spirituelle, ne met jamais les pieds à l'église, n'évoque jamais Dieu, auquel il ne viendrait même pas à l'idée de "prier" de temps en temps, peut interpeller...! Quelqu'un qui n'aimerait aller ni aux mariages ni aux enterrements par exemple. Quelqu'un qui n'aime pas les cérémonies et surtout pas, religieuses. Peut-être qu'il y a d'autres profils de tueurs mais moi, je les vois plutôt comme cela.

Merveilleux ! La conjonction de la psychanalyse (théorie dont la scientificité et l'adéquation à la réalité psychologique sont très contestées) et de cette affirmation, qu'on s'attendrait à trouver sous la plume d'un prêcheur nord-américain, selon laquelle les gens irréligieux commettent plus de crimes que les gens religieux (ou, qui du moins, se donnent les apparences de l'être). J'ignore à quel point le cliché du tueur de la mafia ou du sicaire sud-américain qui fait une prière à la Vierge après avoir tué est exact, mais force est de constater qu'au 18e siècle, époque où la France était très majoritairement religieuse, on allait fréquemment en guerre, les villes et les campagnes étaient peu sûres, on torturait et l'on condamnait à mort sur des preuves douteuses, et que ce sont justement des philosophes qui rejetaient la religion officielle qui ont poussé à changer cet état de choses.

La suite est magnifique :

Je pense que Sarkozy aurait dû dire à la télévision il y a un an : "Soyez sûrs, tueurs qui sévissez sur le territoire français, que l'on vous retrouvera un jour ! Ne vous cachez plus au milieu des honnêtes gens, dans la foule... J'ai donné des ordres spéciaux pour que des enquêtes soient diligentées afin que tous ceux qui ont tué, particulièrement des femmes, soient retrouvés et punis

On trouve ici la croyance, pourtant maintes fois démentie par les faits, que l'exercice politique consiste à faire des déclarations vides de sens. Que seraient ces fameux « ordres spéciaux » ? Les forces de police et de gendarmerie, le parquet et les juges d'instruction, mènent déjà des enquêtes sur les meurtres ; quels « ordres » seraient nécessaires ? S'agit-il d'allouer plus de moyens ? De développer la police scientifique ?

Mais qui aura le courage - et aussi le temps - de tenir ce langage

De quel courage y a-t-il besoin pour dire que l'on veut poursuivre les criminels ? C'est une affirmation totalement consensuelle. Le véritable courage consiste à arbitrer entre plusieurs demandes fortes : par exemple, dire que l'on va trancher dans tel ou tel budget (par exemple, les opérations militaires extérieures) afin de mieux financer tel autre budget (par exemple : la justice).

Bref, quand je trouve que le niveau des éditorialistes de la presse est trop bas, je fais un tour sur Le Post pour me consoler.