Après les pervers polymorphe, l'enseignant polymorphe : un ami, ingénieur de l'EPFL, docteur en informatique (enfin, dans une spécialité assez particulière de l'informatique, avec un aspect assez mathématique), est employé par une école suisse pour enseigner à des adolescents l'histoire, la géographie, le français, la citoyenneté.

En théorie, il devrait aussi donner des cours d'informatique, mais on lui a vite fait comprendre qu'il s'agissait de leur montrer le maniement de base d'un ordinateur personnel et de logiciels de bureautique (chose que d'ailleurs bon nombre d'élèves connaissent de toute façon).

Je ne sais pas trop ce qu'il faut en conclure, si ce n'est qu'à l'évidence, enseigner au niveau collège ne demande pas un niveau bac+5 dans la discipline enseignée : visiblement, il suffit, dans les disciplines « littéraires », de savoir écrire avec une grammaire et une orthographe correctes, d'avoir des balises culturelles et un peu de rigueur, compétences qui normalement sont sanctionnées par le baccalauréat (sauf que, de nos jours, on donne celui-ci à des gens dont l'expression écrite leur aurait jadis valu refus du certificat d'études). Le problème est un peu différent en disciplines scientifiques, vu qu'il est possible d'obtenir le baccalauréat en manquant totalement des bases en mathématiques et en physique ; mais là encore, le niveau nécessaire n'est pas énorme : une amie étudiante en géographie (après un baccalauréat scientifique, tout de même) fait des cours de rattrapage en mathématiques à des collégiens, sans problème.

Il semble que le plus important soit la pédagogie, le contact avec les élèves et la capacité à les discipliner, toutes choses difficiles, non maîtrisées par tous les diplômés, et absolument pas mesurées par les concours de recrutement de l'Éducation nationale.

Ceci pourrait également nous amener à réfléchir à l'opportunité d'exiger un master bac+5 pour pouvoir passer le CAPES, destiné notamment à l'enseignement en collège : je doute fortement, par exemple, qu'il faille maîtriser la théorie de Galois pour enseigner les divisions en sixième (car les opérations de base ne sont plus maitrisées en sortie d'école primaire). On nous parle de master en éducation : que l'on me permette un certain scepticisme quand à la capacité française à enseigner des méthodes concrètes et pratiques pour enseigner, au vu du type d'enseignement qui était naguère prodigué dans les IUFM et CIES (évidemment, tout n'était pas mauvais, mais il semble qu'une bonne partie l'était).