Ceux qui s'intéressent à Pink Floyd, la musique rock et à la variété anglo-saxonne pourront rire à la lecture de My bass and other animals de Guy Pratt, qui raconte ses aventures de bassiste en studio, sur scène et en privé avec diverses stars. Ainsi, on pourra, comme Guy, s'interroger sur ce que Tina Turner voulait dire quand elle disait de jouer la basse plus « pourpre ».

Le sourire a toutefois disparu, dans mon cas, à la lecture d'un épisode où une fine bande de musiciens ivres, conduisant une puissante berline, ont envoyé celle-ci sur la pile d'un point puis ont ensuite fait passer cet épisode peu glorieux pour un « emprunt » par des voyous voulant s'offrir un « rodéo ». Certes, cela s'est passé la nuit, heure où habituellement peu d'enfants jouent dans les rues ; il n'en reste pas moins qu'ils auraient pu provoquer des accidents graves. La désinvolture avec laquelle Guy Pratt relate cette affaire ne m'a, je l'avoue, guère réjoui.

Certaines rock-stars des années 1970 et 1980 étaient célèbres pour leur façon de traiter les groupies, les dégradations de chambres d'hôtel, l'usage de drogues, et autres agissements plus ou moins légaux. À la lecture des ouvrages ou articles traitant de ce sujet, il est flagrant qu'à la jeunesse (parfois ; mais il existait des vieux débauchés) et au côté extraverti fréquent chez les artistes, il fallait ajouter une certaine attitude pousse-au-crime de l'entourage. Par « entourage », il faut entendre non seulement, comme chez les gens ordinaires, la famille et les amis, mais également une foule de « managers », « agents de communication » amis d'amis, etc.

Lorsque les musiciens de Led Zeppelin, ivres ou drogués, salopaient leurs chambres d'hôtel, Peter Grant s'arrangeait ensuite pour limiter le scandale et les poursuites en payant les dégâts. De ce fait, ils pouvaient continuer à avoir un comportement qui chez des individus ordinaires aurait vite mené à l'arrestation ou du moins à de sérieux problèmes.

Plus généralement, l' « entourage » de la star crée autour d'elle un cocon qui l'isole de la réalité. La flatterie est constante, dans l'espoir de récupérer des bribes de la richesse et de la célébrité. On procure à la stars ses menus plaisirs (drogues, filles, voire garçons). Parfois, les choses vont loin : certaines tournées étaient accompagnées d'un dealer attitré (Pratt mentionne la tournée Delicate sound of thunder de Pink Floyd, mais on peut également mentionner Depeche Mode à l'époque où Dave Gahan carburait à l'héroïne) ; chacun se rappelera également comment Michael Jackson est mort, drogué à l'aide d'un anesthésique par son médecin personnel.

La presse spécialisée est dans l'ensemble assez indulgente envers les frasques des stars. Si l'on peut comprendre l'attitude que la décision de prendre ou non des drogues appartient à l'individu, il n'en reste pas moins que certains actes pourtant assez graves sont traités avec désinvolture, comme des sortes d'innocentes « frasques de jeunesse », voire suscitent seulement des rires graveleux.

Parfois, les choses vont trop loin et la justice pénale s'en mêle. Alors arrivent les tabloïds, qui prennent un malin plaisir à photographier la star sans maquillage, mal rasée, mal habillée, en direction du tribunal. D'un excès à l'autre.

Je ne pensais pas voir un rapport entre Dominique Strauss-Kahn et la musique rock. C'est chose faite.