Les classes préparatoires aux grandes écoles sont mixtes depuis des décennies, mais les internats réservés aux préparationnaires sont souvent exclusivement masculins. Il paraît que certains proviseurs prétextent, avant d'instaurer la mixité, la nécessité de faire des travaux, notamment l'installation de sanitaires séparés.

J'invite ces proviseurs à visiter l'internat de l'École normale supérieure au 45, rue d'Ulm. Il y a peu de places, et les sanitaires (WC et douches) à l'étage sont mixtes ; cela fait un peu tiquer les pensionnaires étrangères américaines, mais sans plus. La situation s'est toutefois améliorée : il y a une quinzaine d'années, il y avait des WC à la turque dans divers endroits. Dans tous les cas, ce n'est pas un drame, et je n'ai jamais entendu parler d'agressions sur des jeunes filles.

À l'École polytechnique, bâtiment militaire, les WC situés dans la plupart des locaux d'enseignement sont mixtes et munis d'urinoirs. Cela ne pose aucun problème : il suffit de ne pas porter le regard sur ce qui n'a pas vocation à être exhibé.

Il serait un peu temps d'admettre que des étudiants de 18, 20, 22 ans sont majeurs et a priori responsables et d'en finir un peu avec les prétextes.

Dans le même registre de (mp)aternalisme et de surveillance : Une étudiante m'expliquait récemment que la médecine universitaire lui demandait à chaque visite, et avec insistance, si elle se droguait, si elle avait eu des rapports sexuels à risque, etc. Excédée par ces questions sur sa vie privée, elle a fini par leur dire qu'elle était vierge pour couper court la conversation. Mais de quoi se mêle-t-on ? Il fut un temps où l'Éducation nationale et l'Enseignement supérieur veillaient à la « moralité » des étudiant(e)s, comprendre l'abstinence (voir Cohn-Bendit à Nanterre) ; on n'a cependant pas perdu l'habitude de faire la morale, quand bien même celle-ci consiste à ne pas se saouler et mettre un préservatif !

PS Quitte à parler WC, je voudrais au passage signaler que les WC de nombreux établissements d'enseignement supérieur sont sales et en dehors des conditions élémentaires d'hygiène pour un établissement accueillant du public (pas de savon, souvent pas de papier, etc.). J'ignore à quel point cela favorise les épidémies de gastro-entérites et maladies diverses qui font que les charges d'enseignement sont répertoriées au CNRS comme facteur de risque professionnel (« contact avec le public »). Ah mais oui, mais assurer un nettoyage efficace supposerait que l'on dépense de l'argent, que l'on surveille les sous-traitants, etc., toutes choses peu « glamour » et donc les établissements se fichent donc.