D'après le site Médiapart, un des sujets de l'agrégation d'histoire de cette année aurait porté sur un texte soi-disant du Moyen-Âge tardif... qui serait en fait un pastiche rédigé dans les années 1960, connu comme tel par les spécialistes, et comportant quelques anachronismes.

L’auteur réel du texte est un historien, érudit et curé français, Palémon Glorieux, spécialiste du concile de Constance qui, en 1964, retrace, dans un ouvrage, ce concile « au jour le jour ». Et choisit pour cela de «prêter sa plume» à l’un des acteurs de ce concile. Il ne s’en cache pas

On peut se demander comment pareille bourde a pu être commise, sachant que les membres du jury de l'agrégation sont des experts. D'après certains, elle aurait pour origine un certain surmenage de certains membres du jury, qui doivent jongler avec trop de responsabilités :

D'autres historiens contactés par Mediapart avancent une autre explication à l’affaire qui serait également imputable aux dernières réformes ayant touché ces dernières années le monde de la recherche, sans vouloir pour autant en faire une excuse. Les tâches administratives des directeurs de laboratoires ont explosé avec les réformes de l'Université et le temps imputé à la recherche a été réduit d’autant.

Nous en sommes tous un peu là, dans le monde de la recherche : demandes de financement, évaluations, suivi des contrats, actions de « rayonnement scientifique », gestion de l'enseignement, autant d'activités chronophages qui limitent le temps de recherche. On peut aussi se demander pourquoi une personne surmenée par ses activités en interne dans son université n'aurait pas démissionné d'un jury où elle n'a aucune obligation de siéger ; mais on sait bien aussi qu'il est difficile de refuser des tâches de responsabilité collective. Il convient donc d'être excessivement prudent avant de blâmer quiconque.

Nous pouvons toutefois faire une petite remarque. Si pareille bourde s'était trouvée sur un site Internet « amateur », Wikipédia par exemple, gageons que la presse, par exemple Books et son Wikigrill, se serait déchaînée contre « l'amateurisme » et l'absence de vérification des sources ; on aurait repris ces argumentations assez éculées selon lesquelles la « génération Y », gavée d'Internet et d'informations approximatives, a une curieuse notion de la vérité, opposée à celle des bonnes pratiques universitaires traditionnelles, et on aurait fini par une mise en garde rappelant que le monde universitaire et éducatif rejette Wikipédia (*).

(*) Ce qui d'ailleurs semble inexact, puisque je vois fréquemment des mentions de Wikipédia dans des cours et des exposés de scientifiques à la réputation indiscutable.