Je viens de dîner dans un restaurant chinois d'Atherton. La nourriture était assez quelconque et un peu grasse ; clairement j'aurais dû pousser jusqu'à Su Hong à Menlo Park. En revanche, ce qui passait sur la télévision que les gérants regardaient était assez intéressant sociologiquement parlant.

Il s'agissait d'une série coréenne (au vu de la typographie des génériques) tournée en Californie (au vu des plaques d'immatriculation, des bâtiments etc.) et sous-titrée en chinois. Tous les personnages principaux étaient asiatiques ; seuls deux « méchants » étaient de type européen (ou caucasien comme on dit aux États-Unis). Je n'en sais pas plus ; peut-être s'agit-il d'un feuilleton produit pour une chaîne destinée à la communauté coréenne et américaine d'origine coréenne, qui représente plusieurs millions d'habitants en Californie.

Plus tôt dans la journée, mon collègue Shankar, organisateur de l'école d'été (plutôt de printemps) où j'enseigne, me parlait des exigences des autorités gouvernementales de financement de la science en matière de proportion de participants issus de « minorités ». Sans efforts particuliers, il était arrivé à 25% de participation féminine, ce qui est plutôt bien en computer science...

Tout ceci nous rappelle la différence d'attitudes entre la France et les États-Unis au sujet du traitement de ce que l'on appelle pudiquement « minorités ». D'ailleurs, pourquoi ce qualificatif au sujet des femmes, qui forment la moitié de la population, ou des hispaniques, qui forment presque la moitié de la population californienne ? Il faut sans doute comprendre qu'il s'agit de minorités dans les professions et activités socialement fortement considérées, parmi lesquelles il faut sans doute ranger la recherche scientifique (nous sommes aux États-Unis, aucun responsable politique ne fait de plaisanterie sur les chercheurs qui cherchent mais ne trouvent pas, la critique des chercheurs scientifiques est réservée à la droite chrétienne). Bien que la France ait institué des mesures favorisant la parité en politique, elle en est loin ; et nous n'en sommes pas à avoir des « quotas de femmes » dans la recherche scientifique...