Imaginons que Dominique Strauss-Kahn a, comme l'accusation le prétend, effectivement commis une agression sexuelle. Imaginons maintenant qu'au lieu de la commettre maintenant, il l'ait commise en 2014, après avoir été élu président de la République. (*)

Je dis bien imaginer, car mon propos n'est pas d'exprimer une quelconque opinion en faveur ou en défaveur de la théorie de l'accusation, mais plutôt d'examiner la résistance de nos institutions, le comportement de nos responsables politiques et de nos médias, au regard d'évènements fictifs.

Le Président de la République aurait-il démissionné ? Aurait-on convoqué la Haute cour pour le destituer ? Ses amis politiques, qui semble parfois bien prêts à jeter le doute sur la version des faits rapportée par l'employée qui s'est déclarée victime, auraient-ils bien voulu voter la destitution ? N'aurait-on pas dissuadé la victime de porter plainte, surtout s'agissant éventuellement d'une immigrée dont le titre de séjour peut être remis en cause ? Qu'aurait fait notre presse, dont on reconnaît généralement qu'elle se montre assez docile envers le pouvoir en place ?

Et que penser du scandale, à côté duquel les escapades de Bill Clinton avec Monica Lewinsky dans le Bureau Ovale feraient figure d'aimable bluette ?

(*) On me répondra que le Président de la République ne se déplace jamais sans garde du corps ; je me permets toutefois de douter que le Président ne puisse s'isoler de temps à autre à titre privé ; je suppose que quand François Mitterrand rendait visite à sa maîtresse Mme Pingeot, son garde du corps ne le suivait pas jusque dans l'alcôve.