Après la pétition des cinéastes qui parlait d'une « affaire de mœurs » à propos de Roman Polanski (accusé d'avoir enivré et drogué une adolescente de 13 ans, avant de lui imposer des rapports sexuels, actes qui constituent un viol, donc un crime, en droit français), voilà que Jean-François Kahn parle de « troussage de domestique », se montrant quasi-certain de savoir ce qui s'est passé dans l'affaire DSK alors qu'il ne dispose d'aucun élément sur les faits.

Faisons un peu preuve de décence élémentaire, comme aurait dit George Orwell. Le « troussage de domestique » peut être plaisant dans des romans historiques, comme Fortune de France, et à condition d'oublier, pour la fiction romanesque, que pour la fille d'auberge qui se fait culbuter par le grand seigneur, ce n'était certainement pas agréable ou valorisant. C'est également, peut-être, un thème intéressant pour des œuvres de fiction érotique ou pornographique.

Il ne faut cependant pas confondre réalité et fiction, comme l'on rappelle parfois aux enfants, et comme l'on devrait visiblement rappeler à certains adultes. Les personnels qui nettoyent les hôtels, en général, ne sont pas des « soubrettes accortes » qui cherchent l'aventure avec les clients, mais des gens payés au tarif minimum et qui font un métier fatigant et peu valorisant. Je soupçonne que quand on a passé la matinée à faire des lits et nettoyer des salles de bain et des WC, et qu'on s'apprête à passer l'après-midi à pareille tâche, on a d'autres priorités que de se faire « trousser ». Enfin, disons que c'est ce qui me paraît le plus probable.

Quand on ne connaît pas les faits, l'honnêteté intellectuelle interdit de formuler comme des quasi-certitudes des hypothèses peu probables. Dans cette affaire, la décence élémentaire interdirait également de mettre en cause la plaignante, en l'absence d'éléments défavorable à son sujet : n'a-t-on pas suggéré, de fait, au mieux qu'elle cherchait l'aventure, au pire qu'elle soit une prostituée, à rentrer seule dans cette chambre ?

« Affaire de mœurs », « troussage de domestique » : quels doux euphémismes !

(Au regard de cette agitation médiatique, deux anecdotes. Quand un président d'université française a été poursuivi pour une affaire de proxénétisme (détachable de ses fonctions), nulle pétition, nulle intervention dans les médias de la part de la communauté universitaire, scientifique et intellectuelle (sans guillemets autour de ce dernier mot) : il faut dire qu'il s'agissait d'un chimiste. Quand Hans Reiser a été accusé d'avoir assassiné son épouse, nulle pétition, nulle intervention dans les médias de la part des informaticiens.)