On dit que lorsque l'éminent mathématicien David Hilbert voulait faire recruter Emmy Noether, devant l'hostilité de ses collègues au recrutement d'une femme, il a fini par lâcher que l'on recrutait un professeur d'université, non un garçon de bains.

J'ai entendu plusieurs collègues femmes mentionner qu'à un moment, elles ont fait « quota de femmes » dans tel ou tel comité éditorial ou de recrutement. Bien entendu, il n'existe pas d'obligations légales pour de tels quota, mais, au moment de l'établissement de la liste des membres, quelqu'un va faire remarquer qu'on n'a pas mis de femme, et alors on en mettra une, parce que c'est une femme.

De fait, il est assez courant que l'on soit le quota de quelque chose dans un comité quelconque. Dans un jury de thèse, il faut typiquement une certaine quantité d'extérieurs à l'université, de personnels de l'université, de professeurs des universités et assimilés, etc., de sorte que l'on peut se voir proposer d'être membre parce qu'« on a besoin d'un extérieur ». Pour certaines évaluations scientifiques, « on a besoin d'un non-parisien ». Toutefois, ces qualités ne sont pas consubstantielles à la personne : un chercheur parisien peut se déplacer à Grenoble, tandis qu'on naît homme ou femme...

Quel motivation pour ces quotas informels ? Le monde scientifique est accusé de pratiquer la discrimination envers les femmes, avec des phénomènes de « plafond de verre », s'exposant ainsi aux critiques de groupes tels que La Barbe. On tendra donc à se prémunir de l'apparence de sexisme en veillant à ce qu'il y ait une certaine quantité de chercheuses parmi divers cénacles. Notons cependant qu'il y a des moyens plus courtois et sympathiques d'informer une dame qu'on la met dans un comité que de lui dire qu'elle fera « quota féminin »...

Le problème est complexe. Il y a, de toute façon, peu d'étudiantes en informatique, donc peu qui font des thèses d'informatique (quoique... cela semble avoir changé par rapport à il y a 10 ans). Les personnels sont très majoritairement masculins, surtout parmi les « senior ». Changer la situation prendra longtemps ; qui plus est, il est probable que le déséquilibre vient largement de phénomènes sociétaux et non de sexisme ouvert. (*) L'informaticien est perçu comme un « geek » boutonneux, inculte, asocial, ce qui peut décourager les jeunes filles (à qui l'on a fourni des poupées pendant leur enfance tandis que l'on fournissait des jeux de construction à leurs frères). À plus haut niveau, l'obsession actuelle pour les post-docs à l'étranger peut dissuader celles qui voudraient avoir des enfants tôt, ou tout simplement mener une vie de couple.

Si la recherche scientifique semble un milieu très masculin (hors sciences humaines et sociales, biologie et chimie... tiens, les domaines considérés comme les moins nobles dans la classification d'Auguste Comte, et avec du chômage en sortie de thèse !), il y a en revanche un métier qui semble très féminin : chroniqueur sexualité. Entre Agnès Giard de Libération, Maïa Mazaurette ou encore Gaëlle-Marie Zimmermann, ça semble plutôt féminin comme job. Je pense que là, l'idée est qu'un homme serait vite qualifié d'obsédé ou de pervers, ou cantonné à la chronique de films pornographiques, tandis qu'une femme peut se permettre d'écrire légèrement voire de faire de l'humour. Il en est de même de la dirigeante d'une société de vente de sex-toys, le but étant de normaliser ce type de produits, de les sortir des lieux louches à néons rouges près des gares et de les faire arriver dans des réunions tupperware entre trentenaires bobos.

Hélas, il y a sans doute encore moins de jobs de chroniqueuses sexualité à prendre que de postes de chargés de recherche de deuxième classe à l'INRIA. Ce n'est donc pas gagné pour les femmes.

(*) Le seul chercheur que j'aie vu proférer des plaisanteries sexistes est un... sociologue.