Pour des raisons professionnelles, je dois parfois me déplacer sur Paris-centre. La plupart du temps, c'est sur des financements que je contrôle, et alors c'est relativement facile ; mais parfois il s'agit de déplacements financés par l'administration centrale, et alors cela se gâte.

Prenons un exemple concret. Je dois me rendre à Paris mercredi prochain, sur convocation d'un service du CNRS. J'ai rempli la demande de billet de train dans l'application Web ad hoc la semaine dernière. Lundi, un autre service du CNRS me contacte pour que je lui faxe la convocation. Hélas, j'étais en conférence et ne pouvais pas le leur transmettre avant aujourd'hui. Ils m'ont répondu que dans ce cas le billet serait annulé et que je pourrais recommencer la procédure jeudi.

Visiblement, l'idée n'est pas venue à mon interlocutrice de décrocher son téléphone ou d'envoyer un courriel directement au service qui avait produit la convocation, et dont elle disposait des coordonnées. « La procédure, c'est la procédure. »

La SNCF appliquant à l'instar des compagnies aériennes des principes de yield management, les billets achetés tardivement ont tendance à être plus coûteux. Autrement dit, tergiverser n'aboutit qu'à faire dépenser plus cher à l'administration. C'est la procédure !

Le sommet du ridicule est atteint pour certaines réunions auxquelles je vais par obligation professionnelle alors qu'elles m'ennuient prodigieusement et que j'ai vraiment autre chose à faire. On m'a expliqué la procédure : il faut que je me procure l'ordre du jour de la réunion, que je le renvoie à un service national, que ce service produise une convocation, qu'elle l'envoie à mon service mission, et après uniquement on peut s'occuper de mon trajet. Soit, sauf que l'ordre du jour, je le reçois du vendredi pour le mardi suivant. Comme j'ai répondu à mon interlocutrice, si ce n'est pas possible, je n'y vais pas et cela arrange tout le monde : elle parce que cela fait une chose de moins à traiter, et moi parce que cela m'économise une journée. (**)

Par dessus tout cela, je reçois sans cesse des courriels syndicaux déplorant la « RGPP » ou révision générale des politiques publiques, qui devrait se traduire au CNRS par une diminution du nombre de personnels administratifs. Hé bien, franchement, je me demande quelle proportion de ces personnels sont payés à faire appliquer des procédures lourdes et inutiles et parfois quelque peu humiliantes. (*)

J'imagine la révolution que ça a été pour les services financiers quand le CNRS a distribué aux laboratoires des cartes bancaires permettant de régler de petites dépenses courantes. Imaginez : avant il fallait faire des bons de commandes à passer par des signatures multiples, des virements, faire intervenir facilement 6 personnes, maintenant il suffit de payer en ligne et de garder un justificatif... La situation s'est clairement améliorée depuis l'époque où ces cartes avaient été distribuées à des services administratifs censés nous inscrire en ligne aux colloques internationaux, mais ne disposant ni de courrier électronique ni de personnels lisant l'anglais.

Que l'on ne dépense pas inconsidérément l'argent du contribuable, bien sûr. Qu'un chercheur ne se fasse pas payer des trajets personnels aux frais du CNRS, évidemment. Mais il ne faudrait pas que les procédures de vérification coûtent plus cher en temps de personnel et en augmentation des prix que ce qu'elles font économiser !

(*) Je signale au passage le billet d'une jeune médecin à qui on demande des certificats médicaux pour des situations qui ne devraient pas en nécessiter.

(**) Certains services semblent partir de l'idée qu'aller à Paris pour la journée est un plaisir. Personnellement, me lever à 4h30 ou 5h30 et revenir chez moi à 22h15 voire 23h15, je m'en passerais bien.

PS Coup de téléphone à mon collègue de bureau : l'Administration traite un dossier de remboursement de titres de transport de 2009 et lui réclame une copie de sa carte d'abonnement. L'Administration vit sans doute dans un monde parallèle où le citoyen garde ses cartes d'il y a 2 ans, y compris lors des renouvellements.

PS² Je pense que, fondamentalement, le problème est qu'en France nous avons un fétichisme du contrôle a priori, censé éviter abus et dérapages dans tous les cas de figure, et qu'en fait ce contrôle est souvent inefficace (il n'empêche pas les vrais abus bien menés et bloque beaucoup de choses légitimes).