La bibliométrie, c'est merveilleux. Vous savez bien, ce mode d'évaluation des scientifiques où l'on regarde combien ils publient d'articles chaque année...

La mesure de la production scientifique à l'aune du nombre de publications a suscité, j'en ai du moins l'impression dans mon domaine, une inflation du nombre de publications (et également du nombre de lieux de publications : conférences, revues...). Il est devenu difficile de se tenir au courant, il y a tant d'articles. Comme il est plus avantageux de faire plusieurs articles avec la même idée, en rajoutant à chaque fois une amélioration, il faut vraiment lire beaucoup pour pouvoir faire la synthèse. Qui plus est, certains dissimulent parfois sous un changement de vocabulaire, de notation ou de domaine d'application des idées très semblables à ce qui existe déjà, d'où des difficultés supplémentaires.

Cette mesure ayant des limites, notamment car elle fait difficilement la différence entre publications de piètre ou de bonne qualité, on a introduit l'évaluation au nombre de citations (H-index, notamment). Je sens depuis quelques années une conséquence : les collègues insistent pour qu'on les cite. Là où il y a 10 ans les relecteurs d'articles et les membres de comités éditoriaux (ceux qui déterminent si une publication est ou non acceptée) se contentaient de protester un peu si on ne citait pas leur article sur le sujet, maintenant ils insistent parfois pour qu'on cite tout leurs articles et ceux de leurs amis parus ces dernières années sur les sujets connexes.

Le phénomène s'auto-renforce. Nous avons des gens qui insistent pour qu'on les cite, donc qu'on va devoir citer sous peine de voir son article refusé. Ces gens vont donc acquérir une stature importante dans la communauté, et être promus grands spécialistes, donc seront mis dans les comités de lecture où ils insisteront pour qu'on les cite, etc.

Notons que ceci bénéficie notamment aux universitaires américains, qui peuvent avoir de nombreux doctorants de qualité (p.ex. ils recrutent massivement parmi les meilleures écoles d'ingénieurs indiennes, les IIT) dont ils co-signent les articles.