Ainsi donc, les candidats UMP, PS et FN seraient dans un mouchoir de poche.

Jean-François Copé reproche au parti socialiste, et notamment à Martine Aubry, leur tolérance à l'égard des dérives du système Guérini dans les Bouches du Rhône. Son argument ? On a beaucoup entendu le PS s'exprimer agressivement contre Mme Alliot-Marie, M. Ollier en leur reprochant un certain manque d'éthique politique, mais, d'après M. Copé, en somme, « c'est celui qui dit qui est ».

M. Copé suit ici une ligne argumentaire classique des défenseurs de l'UMP (que l'on retrouve, par exemple, sur le blog d'Authueil). L'UMP gouverne mal ? De hauts responsables du parti ou du gouvernement sont mouillés jusqu'au cou dans les conflits d'intérêts ? La liberté d'expression sur Internet serait menacée par le flicage ? Ah, mais ça serait pareil avec le PS, rétorque-t-on, et d'ailleurs du temps de Mitterrand... (Suivent des allusions à des évènements que le plus jeunes électeurs auront du mal à situer, vu qu'ils se sont produits avant leur naissance et qu'ils ne sont pas enseignés dans le cours d'histoire de terminale dont la disparition menace rien de moins que la formation en France de technocrates ignares, oui madame.)

Quelle est la ligne argumentaire du Front national depuis près de 30 ans ? Que UMP (avant, RPR-UDF) et PS, c'est bonnet-blanc et blanc-bonnet. M. Copé rentre dans le jeu du Front national.

Que font les commentateurs qui se veulent de gauche et antiracistes ? Ils pourrissent Zemmour, qui a été condamné pour ses remarques sur les dealers, les noirs et les arabes. Problème : l'argumentaire « il a été condamné, ce n'est donc pas un mec bien » ne fonctionne que sur les gens qui croient que les lois appliquées sont justes et que Zemmour disait effectivement des âneries. Au contraire, l'électeur très à droite pense que Zemmour a raison, et qu'en utilisant des lois iniques on veut le museler pour étouffer la vérité. Se féliciter de la condamnation de Zemmour relève donc de l'autocongratulation sans prise sur le problème.

Quelle est la ligne argumentaire du Front national depuis près de 30 ans ? Que les partis en place veulent empêcher le débat politique sur certains thèmes qui fâchent, par exemple le lien supposé entre immigration et délinquance. De fait, chaque procès de ce type renforce le Front national (et fait se gonfler d'importance les ligues antiracistes, qui n'ont cependant pas fait reculer d'un poil le Front).

La droite ne peut faire campagne sur ses succès ; il est devenu impossible de proposer une nouvelle réduction d'impôts corporatiste ; la seule solution est de faire campagne sur la sécurité et l'immigration, avec sans doute en fond la volonté de refaire en 2012 ce qui est arrivé en 2002 : un candidat UMP et un candidat Front national au second tour. Avec les efforts conjoints du PS, de la gauche et de l'UMP, c'est possible.

(Qui devinera à quoi fait allusion le titre de ce billet ?)