(Attention : contenu fortement anecdotique. Passez si vous cherchez le débat intellectuel.)

Le métier de chercheur en informatique à Grenoble comprend des risques insoupçonnés.

Lorsque je suis arrivé dans cette ville alpine, me rappelant les (rares) sorties ski de fond de mon enfance, je me suis dit que je devrais m'y remettre. Las, je me suis cassé la cheville le premier jour, et depuis me dis que ce genre d'activités exigeant de tenir en équilibre sur des spatules glissantes est conçu pour des personnes mieux coordonnées (c'est un peu le même problème que la guitare électrique : il faut utiliser ses deux mains en même temps!).

C'est alors que mes collègues m'ont informé qu'il s'agissait d'une tradition locale : le chercheur non-alpin arrive, va au ski, et se casse quelque chose. Je pensais qu'ils me disaient cela pour me consoler. Hé bien non.

Cette année, nous recrutons une maître de conférence. Même scénario : elle a jadis fait du ski de fond. Le premier jour, elle fait une chute, qui lui tasse les vertèbres et autres dommages corporels et la met hors d'état de nuire d'enseigner pendant un mois.

Mais il n'y a pas que le ski. Prenons par exemple la co-auteure lyonnaise. Non seulement sa cuisine est un danger pour l'embonpoint naissant (je suppose que ce n'est pas cela que ma hiérarchie CNRSienne appelle « prendre de l'ampleur » ou « élargir sa vision »), mais elle a une arme secrète : l'enfant scolarisé.

L'enfant scolarisé est, sachez-le, une boîte de Pétri sur pattes. Non contente de vous monter sur les genoux alors que vous essayez de remplir la section Related works d'un article promu à un avenir glorieux dans un colloque international jugé sélectif par la communauté scientifique concernée (je parle bien le langage AERES), elle vous refile son rhume.

Résultat : je suis à moitié aphone par intermittence depuis 10 jours, et mon directeur de laboratoire râle parce que ça me donne une voix désagréable.

Tout cela pourrait encore aller si encore la mairie de Gières consentait à se pencher sur l'absence d'éclairage public sur l'artère devant nos locaux. Quand on me retrouvera à l'état de carpette en travers de l'Avenue de Vignate, non seulement ça sera un accident du travail (et là j'imagine les grands yeux pleins de larmes de la hiérarchie à l'idée de toute la paperasse qu'il faudra faire), mais en plus ça mettra ma TODO-list encore plus en retard qu'elle n'est actuellement.