Les enseignants ont un travers : ils tendent à croire que les problèmes de la société ont pour racine un manque d'éducation, et que les fauteurs de troubles pèchent par ignorance.

J'ai moi-même illustré ce travers il y a peu sur ce blog, en disant en substance que le débat politique sur les ressources énergétiques s'améliorerait si les lycéens arrivaient au baccalauréat en ayant une idée de ce qu'est l'énergie, de sa conservation globale (1er principe de la thermodynamique) et de sa dégradation vers la chaleur (2e principe).

J'ai récemment relevé des suggestions selon lesquelles on combattrait l'alcoolisme des étudiants en ajoutant dans les formations universitaires des modules de sensibilisation aux risques de l'alcoolisme. Le raisonnement semble être que les étudiants ignorent les risques de l'alcool et que les leur rappeler les conduirait à un comportement plus « responsable ».

Me viennent alors à l'esprit deux anecdotes. La première est le souvenir d'une étudiante parisienne de ma connaissance, qui avait fait un coma éthylique. Il s'agissait d'une étudiante de médecine, qui d'ailleurs avait pu m'expliquer les conséquences et les risques de divers degrés d'alcoolisation. Bref, elle savait pertinemment ce à quoi elle s'exposait.

La seconde est une séance de Code de la route, quand je m'apprêtais à passer l'examen du permis de conduire. Parmi le public plutôt jeune de l'auto-école, il y avait un homme d'âge mûr, qui a passé son temps à critiquer l'enregistrement qui nous était passé. Il s'agissait très probablement d'un chauffard dont le permis avait été supprimé, ou du peut-être qui essayait de regagner des points en suivant des séances de formation. Visiblement, cet homme était de ceux qui se considèrent bons conducteurs et jugent que les règles affichées sont pour ceux qui ne savent pas vraiment conduire.

Dans les deux cas, le problème ne venait pas de l'ignorance des phénomènes ou des règles enseignées, mais d'un choix personnel délibéré.

Un commentaire sous un billet récent, exagérant probablement la pensée de son auteure, m'indiquait en substance que l'absence de cours d'histoire en terminale scientifique faisait courir le risque de la formation d'élèves qui ignoreraient, par exemple, que les chambres à gaz nazies ne servaient qu'à gazer les poux. Là encore, il me semble qu'avec l'attention qui est portée à la Shoah dans notre société, ceux qui croient pareilles choses ne les croient pas par ignorance de ce qui est couramment enseigné, mais par croyance idéologique que ce qui est enseigné relève de la propagande.

De la même façon, il semble qu'aux États-Unis, dans les lieux où l'on enseigne la Théorie de l'Évolution, il y a une proportion non négligeable d'étudiants qui considèrent qu'il s'agit là de la propagande philosophico-religieuse-politique de scientifiques athées et de gauche.

Dans les deux cas, enseigner n'a guère d'impact si ceux à qui l'on enseigne ont déjà décidé d'avance que ce qu'on leur raconte relève de la propagande politique.

Ceci devrait nous ramener, nous autres enseignants, à plus de modestie dans nos ambitions...