L'an dernier, j'ai candidaté à la « prime d'excellence scientifique » (PES). Celle-ci constitue en quelque sorte une généralisation aux chercheurs du CNRS et d'autres organismes d'une prime existant dans l'enseignement supérieur, la prime d'encadrement doctoral et de recherche (PEDR). J'ai pour cela rempli un dossier en ligne.

J'ai appris juste avant Noël que cette prime m'avait été refusée. Jusque là, rien d'anormal : la vie du chercheur scientifique est une suite d'acceptations et de refus, et on ne peut pas gagner à tous les coups. (Ce refus s'insérant chronologiquement entre l'acceptation d'un article dans une conférence sélective et l'information que mon projet avait passé la première phase de sélection par l'European research council, je n'avais guère à me plaindre.)

Ici une parenthèse s'impose. Les acceptations et les refus qui rythment la carrière du chercheur scientifique sont habituellement prononcés après l'avis d'experts scientifiques qui fournissent des rapports écrits. Cela est vrai aussi bien pour la publication d'articles dans des revues ou ouvrages scientifiques (le comité de lecture fait habituellement appel à 2 experts ou plus), que pour les recrutements (le comité de sélection fait appel à 2 rapporteurs au moins), les thèses (2 rapporteurs au moins), les habilitations à diriger les recherches, les demandes de financement auprès de l'Agence nationale de la recherche ou d'autres organismes, ou encore les qualifications aux postes de maître de conférence et de professeur des universités par les sections du Conseil national des universités. Par ailleurs, lorsqu'un chercheur CNRS fait l'objet d'une évaluation individuelle (au moins tous les deux ans, c'est statutaire) par le Comité national de la recherche scientifique, celui-ci lui produit un rapport écrit. Dans tous les cas, ces rapports sont soit transmis d'office au candidat, soit lui sont transmis sur sa demande.

Comme les modalités d'évaluation de la PES au CNRS étaient restées très floues et qu'on nous annonçait que la prochaine campagne de candidatures allait prochainement avoir lieu, j'ai voulu me renseigner sur les critères appliqués. La meilleure solution pour moi était de demander aux services compétents les rapports qui avait été établis au sujet de ma candidature, ce qui me permettrait de savoir quels étaient mes points forts et faibles et ainsi de pouvoir préparer en toute connaissance de cause mes futures demandes. J'ai donc adressé une demande en ce sens, pensant obtenir une réponse rapide.

Les semaines ont passé, et, malgré mes rappels, aucune réponse. Le temps pressait : on m'indique que les dossiers PES 2011 sont à remettre pour début mars ! Il a fallu que j'informe de ma demande mon collègue et supérieur hiérarchique Philippe Baptiste, directeur de l'Institut des sciences informatiques et de leurs interactions (par ailleurs distingué chercheur en recherche opérationnelle et enseignant à l'École polytechnique), que je demande l'intervention de la Commission d'accès aux documents administratifs, et que je menace de recours devant le tribunal administratif, pour avoir enfin réponse à ma requête : aucun rapport écrit n'a été établi lors de l'examen de ma demande de prime. Je me demande bien pourquoi il a fallu plus d'un mois et pareilles interventions pour produire une réponse aussi simple ! On m'indique également que « [ma] candidature a été examinée selon la procédure mise en place afin de garantir la meilleure appréciation des critères retenus pour l'attribution de la prime d'excellence scientifique », sans plus de précision sur cette procédure ou ces critères.

En d'autres termes, la PES, au CNRS en 2010, a été attribuée selon des critères non précisés, par une commission à la composition non précisée, et le processus n'a pas donné lieu à l'établissement de rapports écrits, au rebours du mode de fonctionnement normal des institutions scientifiques.

J'avoue que je suis troublé. Ceci dit, j'ai du travail, j'ai un rapport à écrire.

PS : On m'informe que la composition que la commission ad hoc a été affichée sur le site de l'INS2I le 9 février, soit quelques jours après ma demande auprès de Philippe Baptiste. Il est possible qu'il y ait une relation de cause à effet entre ces deux évènements.