Je dois tout d'abord préciser un point : si j'ai employé l'expression « Alliot-Marie », ce n'est pas par un geste de familiarité déplacée, mais par respect de l'exactitude du titre cité. Il est bien évident que Mme Alliot-Marie et moi-même appartenons à des cercles sociaux différents ; ainsi, si je me déplace en jet, c'est uniquement en classe économique. Fin de la parenthèse.

Marc Lavergne est chercheur au Centre d'études et de documentation juridique, économique et sociale (CEDEJ), une unité mixte de service et de recherche (USR 3123), placée sous la double tutelle du Ministère des Affaires étrangères (MAE) et du Centre national de la recherche scientifique (CNRS). Au vu des annuaires du CNRS, il n'est pas chercheur de cet organisme, mais dépend du MAE, sous un statut que j'ignore.

Reportons-nous maintenant à la loi. L'article 28 de la Loi n°83-634 du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires dit que le fonctionnaire « doit se conformer aux instructions de son supérieur hiérarchique ». A priori, Mme Alliot-Marie est supérieure hiérarchique, et M. Lavergne devrait donc se taire.

Cependant, l'article L952-2 du Code de l'Éducation dit :

Les enseignants-chercheurs, les enseignants et les chercheurs jouissent d'une pleine indépendance et d'une entière liberté d'expression dans l'exercice de leurs fonctions d'enseignement et de leurs activités de recherche, sous les réserves que leur imposent, conformément aux traditions universitaires et aux dispositions du présent code, les principes de tolérance et d'objectivité.

Et quelles sont justement les missions des chercheurs ? L'article L411-2 du Code de la Recherche dit :

Les personnels de la recherche concourent à une mission d'intérêt national. Cette mission comprend :

a) Le développement des connaissances ; [...]

c) La diffusion de l'information et de la culture scientifique et technique dans toute la population, et notamment parmi les jeunes ; […]

Donc, la mission d'un chercheur spécialiste de l'Égypte inclut l'information de la population au sujet de ce pays, et il jouit pour cela d'une liberté d'expression spécifiquement prévue par la loi.

Hem.

Compliqué, n'est-ce pas ?