Commençons par une anecdote, assez sensationnaliste je l'avoue. Je lis sur le site de TF1 qu'un schizophrène évadé d'un hôpital psychiatrique d'Irlande du Nord où il était interné après avoir porté des coups de couteau à un individu a été engagé comme enseignant d'allemand dans un collège et un lycée de la ville. Évidemment, on s'étonne de pareil recrutement.

Depuis quelques années, un certain discours au sujet de l'enseignement secondaire est que celui-ci serait ossifié notamment par les concours nationaux de recrutement, et que pour une meilleure gestion, il faudrait que les ressources humaines soient gérées au niveau local; on propose de donner plus de pouvoirs en la matière aux chefs d'établissement. Une récente proposition de loi vise à réserver le statut de fonctionnaires aux « fonctions régaliennes » (police, affaires étrangères etc., je suppose, mais pas l'enseignement, qui est pourtant le premier employeur de fonctionnaires d'État). On a déjà versé certaines catégories de personnels techniques et administratifs à la fonction publique territoriale. Des rumeurs veulent que l'agrégation n'ouvrira pas dans certaines disciplines (affaire qui mérite éclaircissement : notamment, je ne peux croire qu'en l'état actuel du système de grandes écoles et de classes préparatoires, on n'ouvre pas l'agrégation de mathématiques).

Une question se pose, indépendamment des intérêts catégoriels des personnels enseignants : les collectivités territoriales, les établissements sont-ils capables d'assumer la gestion des « ressources humaines » des personnels enseignants ? En effet, qui dit recrutement sur contrat à l'échelon local, dit sélection des candidats, signature du contrat en temps et en heure, et paiement des salaires dans les délais normaux imposés par le code du travail.

Dans l'état actuel des choses, la gestion des « vacataires » et CDD par les administrations et établissements publics est souvent calamiteuse. Les contrats sont signés en retard, alors que les intéressés ont déjà commencé à travailler (sans contrat, donc sans paye, sans protection sociale, quid des responsabilités en cas d'accident...) ; les personnels sont fréquemment payés avec plusieurs mois de retard pour les CDD, avec 6 mois voire 1 an de retard pour les vacataires. L'État et les établissements publics ne cotisent pas à l'assurance chômage, et sont censés donc payer directement les indemnités de leurs ex-employés au chômage ; en pratique, ces paiements sont souvent en retard... Le problème n'est pas neuf : quand, doctorant, j'étais employé par le Rectorat de Paris, j'étais géré par un service débordé et injoignable qui s'occupait des dossiers de milliers d'employés dans le même statut que moi.

Il semble assez probable qu'un système aussi bancal, s'il venait à être généralisé, fournirait de nombreuses anecdotes, pas forcément aussi extrêmes que celle citée en traduction : favoritisme, vérification fantaisiste des qualifications, vérifications insuffisantes des antécédents...

L'État est-il prêt à mettre les moyens pour avoir une gestion décentralisée de ses ressources humaines efficace et compétente ?

PS Un article plus long chez France Soir. Oui, je sais, j'ai un choix de sources assez discutable.