On dit fréquemment qu'il faudrait « civiliser » Internet, qui serait une « zone de non-droit », pleine de dangers, notamment pour les plus jeunes. La protection de l'enfance est d'ailleurs un thème favori de ceux qui veulent installer filtrages, décisions administratives de censures, ou interception des correspondances.

J'avoue tout net (c'est le cas de le dire) un certain scepticisme.

Le filtrage de l'Internet, c'est techniquement compliqué, cela peut avoir de très mauvais effets secondaires (voir par exemple le blocage d'accès accidentel à Wikipédia au Royaume-Uni), et cela n'empêche pas ceux qui veulent vraiment accéder à des documents illicites d'y accéder tout en empêchant parfois des usages parfaitement innocents. Et puis, une fois qu'il est mis en place, c'est tentant de l'utiliser pour autre chose...

En revanche, il y a des actions tout simples qui pourraient être mises en œuvre pour protéger les plus jeunes, et, fort curieusement, on ne les met pas en œuvre. Par exemple, au bout de ma rue, il y a un marchand de journaux qui place devant sa devanture des panneaux publicitaires pour des revues pornographiques, pile à hauteur de vision d'enfant. Il n'y a d'ailleurs pas qu'au bout de ma rue : ce genre d'étalage se retrouve ailleurs en ville, et d'ailleurs dans toutes les villes de France sans doute. Comme me disait une amie toulousaine, c'est ennuyeux quand ton enfant qui va à l'école primaire te demande ce que veut dire « chaudasse »...

Pourtant, on ne fait rien, et les petits qui vont à l'école passent toujours devant Hot Vidéo et autres Union aux titres racoleurs et aux photos vulgaires...

Comprenons-nous bien : je n'ai rien d'une chaisière. Il ne me paraît pas surprenant, effrayant ou déplorable que lorsque l'on utilise Google en désactivant son filtrage des contenus « adultes », et que l'on tape des mots-clé comme « sodomie », on obtienne ce qu'on a demandé. Mais la devanture du marchand de journaux, je ne l'ai pas demandée, et on me l'impose, à moi et aux enfants qui passent devant.

Il est vraiment très curieux qu'alors que la protection de l'enfance est sur toute les lèvres pour justifier telle ou telle mesure de censure, d'espionnage, de filtrage, on ne prenne pas une décision aussi simple et de bon goût que l'interdiction de la publicité pour les revues pornographiques dans la rue. J'en viens même à penser qu'il pourrait ne s'agir qu'un prétexte...

PS Le Parlement, lui, avance sur des problèmes aussi fondamentaux que la prohibition de la zoophilie.