Le travail extra-scientifique du chercheur scientifique relève à la fois du jansénisme et du jésuitisme.

Le fait de voir un article accepté ou refusé par une revue ou une conférence, le fait d'être ou non recruté ou promu, le fait de recevoir ou non une prime, tout cela relève de l'action d'entités supérieures, parfois assez mystérieuses et n'ayant pas forcément l'obligation de justifier leurs décisions. Il s'agit en quelque sorte de grâce divines, qui sont accordées à certains hommes, mais pas à d'autres, selon des voies impénétrables. Nous sommes en plein jansénisme.

En revanche, l'art de voir son projet accepté relève du jésuitisme. Dans certains cas, il s'agit d'inclure les mots-clés qui feront plaisir aux bureaucrates qui décident des attributions de budgets. On n'hésitera pas à rattacher l'étude de systèmes dynamiques polynomiaux à l'aide de géométrie algébrique algorithmique réelle à la lutte anti-terroriste, ou l'algorithmique des polyèdres max-plus au bon fonctionnement des systèmes embarqués critiques. Dans d'autres cas, il s'agit de minimiser ses devoirs. Ainsi, on dira que l'on remettra un « rapport », sans plus de précision, car cela n'engage à pas grand chose (n'est-ce pas, Xavière T. ?), et non, par exemple, un « outil », dont la programmation et le déboguage exigeraient un temps que l'on n'est pas sûr de maîtriser.

Il n'est pas surprenant que, devant des orientations aussi divergentes, le chercheur scientifique perde la foi.