Dans le cadre des projets pharaoniques du « plan Campus » et du « Grand Emprunt » (j'avoue ne pas y comprendre grand'chose), il est question de déménager une très grande partie de la recherche en informatique grenobloise (LIG, LJK, VERIMAG) dans un unique immeuble encore à construire, pour le moment surnommé immeuble PILSI.

Il est amusant d'avoir comme moi un siège à Grenoble et un strapontin à Saclay, on entend les gens des deux côtés parler de ces projets grandioses. On promet d'un côté un métro, de l'autre un tramway. Vu l'état des finances publiques, je n'éprouve pas un enthousiasme débordant. L'amusant, c'est que dans les deux cas, on semble croire que mettre tout plein de chercheurs au même endroit va forcément faire de la bonne recherche (faciliter les contacts est certes important, mais il n'y a pas que ça...).

Toujours est-il qu'il est question de tous nous mettre au même endroit (oui, même les math apps !), bibliothèque comprise. Problème : la bibliothèque MI²S occupe actuellement 700 m², il est question de tout faire rentrer dans 250 m², notamment à l'aide de magasins « compactus » (rayonnages sur rails, permettant de limiter la place occupée par les travées). Il faut dire que les espaces de travail de cette bibliothèque sont quasi déserts à longueur de journée.

De nos jours, les articles d'informatique et de mathématiques sont largement disponibles sur Internet : sur les pages personnelles des chercheurs, sur des archives ouvertes comme HAL, via des archives / moteurs de recherche comme Citeseer, via des sites d'éditeurs comme SpringerLink ou ScienceDirect (Elsevier), sans parler de la base bibliographique DBLP ou du moteur Google Scholar. On ne consulte les collections papier que pour les articles anciens. Les ouvrages ont principalement le rôle de résumé et de consolidation des connaissances (par exemple, Decision procedures de Kroening et Strichman résume l'état de l'art en matière de procédures de décision).

La question du rôle d'une bibliothèque de recherche scientifique se pose donc. S'agit-il d'un entrepôt de vieux périodiques et d'ouvrages de référence ? La question du personnel se pose également : quel est le rôle d'un documentaliste dans un contexte scientifique, où il est quasiment impossible de fournir un conseil pertinent au public sur les contenus des ouvrages ?

(Une question plus provocante, posée par un professeur de l'École normale supérieure quand je travaillais dans un laboratoire hébergée par cet établissement : est-il bien raisonnable d'occuper tout un étage d'un bâtiment en plein 5ème arrondissement de Paris, où la place est très chère, pour un stock de documents papier ? surtout que ceux-ci sont fragiles et risquent la destruction à chaque problème de plomberie dans l'internat...)