J'ai reçu aujourd'hui, par voie hiérarchique, un long courriel expliquant les souhaits de l'Université Joseph Fourier concernant les signatures d'articles scientifiques, et plus particulièrement les affiliations des auteurs. Comme le remarque ce courriel, les souhaits de l'UJF ne correspondent pas forcément aux souhaits de ses partenaires, par exemple le CNRS.

J'ai également reçu un courriel m'avertissant que mon directeur d'unité validait mon CRAC (Compte-Rendu Activité Chercheur), que j'envoie chaque année au CNRS, avec des tableaux détaillant mes publications, présence à des colloques, etc. (Tous les deux ans, je renvoie un dossier plus détaillé, destiné à être lu par des humains, à savoir mes collègues de la section 7 du Comité national de la recherche scientifique, au passage coucou Philippe si tu me lis.)

Tout ceci rend explicite la tâche qui est assignée au chercheur moderne : il doit publier des articles dans des revues internationales à comité de lecture à fort impact (ou, exception obtenue de haute lutte par les informaticiens, dans des conférences jugées sélectives pour le domaine), afin de faire gonfler les statistiques de son employeur et des tutelles du laboratoire (sans parler des siennes propres, fort utiles pour son avancement ou sa récompense par une hypothétique prime d'excellence).

Il doit également ramener des contrats de recherche, de préférence d'excellence, comme ceux de l'European Research Council. Les chercheurs moins excellents mais plus appliqués se rabattront sur les pôles de compétitivité. On pourra aussi candidater aux financements de l'Agence nationale de la Recherche (voir par exemple le magnifique projet ASOPT). Là encore, ces projets rentrent dans des statistiques. D'ailleurs, j'ai dans ma boîte mail diverses suggestions de participation à des projets nationaux, européens, etc.

C'est ainsi que le chercheur scientifique est de plus en plus évalué à sa capacité à « vendre » la même idée en petits morceaux à différentes audiences, d'où des publications et des financements multiples. Ainsi, peut-être que, paradoxalement, la discipline la plus utile au chercheur scientifique moderne est la rhétorique, voire le marketing, que l'on n'enseigne pas dans les classes scientifiques.