En l'espèce, il y avait des raisons sérieuses de s'opposer à certains articles de la loi DADVSI, sans pour autant être partisan de l'abolition du droit d'auteur. La « gratuité » que certains défendaient consistait à la création d'une nouvelle redevance (dite de « licence globale ») versée par les titulaires d'accès à Internet. Quelle que soit la viabilité économique d'une telle proposition (sur laquelle je n'ai ni les compétences ni les informations pour me prononcer), il reste que la création d'une redevance n'est pas une suggestion de gratuité : quand je paye plusieurs centaines d'euros mon abonnement de transports en commun, qui me laisse utiliser le réseau de façon illimitée pendant une durée limitée, je n'ai pas la sensation qu'il soit gratuit.

Cette rhétorique a toutefois été efficace. Reposant sur des expressions courtes et des concepts simples (« il s'agit d'une bande de rêveurs irréalistes qui pensent que les artistes travaillent pour rien », assimilation du logiciel libre et du piratage, etc.), elle a eu un succès certain dans les médias. Peut-être que les argumentaires des opposants à DADVSI, souvent assez longs, reposant sur des points précis de la loi et des discussions de problèmes assez complexes (par exemple, de concurrence dans l'électronique et la diffusion de la musique), étaient inadaptés.

L'amalgame a bien fonctionné. Ainsi, n'ayant moi-même jamais défendu une quelconque « gratuité », je me suis entendu dire que je l'avais défendue par un membre de ma famille, qui visiblement avait fini par intégrer la propagande « anti-DADVSI = partisan de la gratuité ». Encore maintenant, Aliocha considère que si des gens trouvent à redire à l'attitude très cavalière de Michel Houellebecq et de son éditeur à l'égard du droit d'auteur des autres, c'est parce qu'ils sont « partisans du tout gratuit ».

Quels sont les enseignements à tirer des péripéties DAVDSI, HADOPI, Houellebecq etc. ? Assurément, les groupes de médias ou d'édition en place ont un meilleur accès aux médias : leurs propos, ou ceux de leurs avocats ou de leurs relais politiques, ont une aura de respectabilité. Il est facile de leur opposer dans les débats un jeune homme un peu exalté, cheveux longs (donc idées courtes, selon un grand intellectuel français), qui parlera trop vite et emploiera du vocabulaire trop compliqué (« licences », « copyleft ») ou citera des gens connus uniquement d'un public spécialisé (Richard M. Stallman) ; je caricature à peine.

Ceux qui s'opposent à ces lois doivent donc travailler un discours plus accessible, la mise en avant de porte-parole rassurants et respectables. Bref, il faudrait un Tristan Nitot bis.