Les médias français titrent sur les interventions des forces de l'ordre dans les favelas de Rio de Janeiro, avec, dit-on avec surprise, l'usage de blindés et d'hélicoptères. Ces interventions sont en effet surprenantes par leur ampleur, et par l'intervention de l'armée fédérale. Cependant, quiconque s'est intéressé, ne serait-ce que superficiellement, à la situation brésilienne sait bien que les interventions policières avec armes automatiques, blindés et hélicoptères, sont relativement fréquentes dans certaines grandes villes.

Cet épisode me rappelle une réflexion de Richard Feynman (que, je sais, je cite fréquemment), dont je rappelle qu'il s'agissait d'un prix Nobel de physique avec un certain franc parler. Il avait été envoyé au Brésil en mission officielle, car l'on pensait que le sous-développement était dû à un retard technologique ou scientifique. Il avait observé que les problèmes réels de pauvreté étaient liés à des décisions politico-économiques, comme le choix de ne pas mettre d'arrivée d'eau potable vers les collines des favelas — ce qui, compte tenu de l'état du Brésil, ne posait aucun problème technologique. Il était donc revenu en disant que sa mission ne servait à rien. On a considéré qu'il manquait de tact.

Le Brésil dispose d'une industrie aérienne de classe mondiale (Embraer). Aucune contradiction avec la pauvreté des favelas de Rio, ou la misère du Nordeste. La technologie ne peut pas tout, sans la volonté politique et le temps.