Culture business
Par David Monniaux le dimanche, novembre 28 2010, 21:18 - Société - Lien permanent
Certaines personnes critiquent tout ce qui vient d'Internet au motif qu'il s'agirait d'un système « commercial », par opposition sans doute aux modes de publication et de diffusion sur le papier. On dit également que ce serait un fourre-tout, où l'excellent voisinerait avec le frivole et le médiocre, voire le nuisible.
Je suggère à ces personnes un exercice simple. Prenez les principales maisons d'édition françaises, regardez à qui elles appartiennent, et listez celles qui ne font pas partie d'un groupe industriel travaillant également dans :
- les nouvelles sportives
- les magazines à scandale ou « people »
- les magazines de charme
- l'armement
- l'édition pas franchement de qualité (p.ex. pseudosciences)
Il me semble que la seule qui vérifie ces caractéristiques est Le Seuil (et encore, il faudrait sans doute ne pas trop remonter dans l'actionnariat).
On me dira qu'une maison d'édition encyclopédique peut faire partie d'un grand groupe produisant également de l'armement, que la politique éditoriale de l'une n'est pas affectée par les ventes de l'autre. Sans doute ; mais dans ce cas, pourquoi protester contre Internet parce que l'on y trouve aussi bien les manuscrits de Stendhal que les fesses de Lindsay Lohan, mais sur des sites distincts et sans influence l'un sur l'autre ? Pourquoi protester contre Wikipédia car elle consacre des articles à des séries TV aussi bien qu'à Saint John Perse, sachant que les premières n'occupent pas de place au détriment du second ?
Commentaires
Il est probable que les gens aient en tête le fait suivant :
"le ticket d'entrée sur le web est beaucoup plus faible que dans la presse écrite".
N'importe quel glandu peut aujourd'hui faire son site web alors que c'est tout de même moins simple de publier un papier "réel". C'est vrai.
Cependant, il faut aussi considérer le fait que le papier réel a une audiance certaine (sinon le journal coule) alors que le site web de Glandu aura du mal a sortir dans la première page d'une réponse google sans faire d'effort....et ça on l'oublie souvent.
Oui on peut très facilement publié n''importe quoi sur la toile...mais oui ce n'importe quoi sera très probablement perdu sans lecteur dans l'immensité du web.
Et c'est sans oublier la loi de Sturgeon: "90% de tout ce qui se fait est merdique" et son corollaire: "Mais le dix pour cent qui reste est absolument imbattable."
J'ai déjà écrit sur ce point. En résumé, l'argument de certaines personnes en faveur du sérieux du papier est que le coût d'entrée de ce médium tend à exclure les gens peu sérieux : pour subsister, une maison d'édition doit vendre, ce qui est difficile si sa production est de mauvaise qualité (l'argument n'est en général pas présenté aussi explicitement) ; alors que sur Internet, n'importe quel clown peut publier ses textes. Ce raisonnement, fort curieusement, introduit le succès commercial comme critère de qualité : pour une défense de la Culture face au commerce, quelle ironie ! De plus, il assimile, à tort, l'existence d'une demande solvable à la qualité : il existe une plus grande demande solvable pour les ouvrages de MM. Bogdanov que pour les ouvrages de MM. Dalibard ou Basdevant, cela ne veut pas dire que les premiers soient meilleurs que les seconds.
Pendant un certain nombre d'années, j'ai travaillé à côté de deux maisons d'édition : les presses de l'École normale supérieure, spécialisée en ouvrages savants, et Guy Trédaniel, éditeur, spécialisée en ésotérisme et new age. Devinez laquelle était menacée de fermeture ?
"alors que sur Internet, n'importe quel clown peut publier ses textes" certes mais il va lui falloir faire un effort pour se faire connaitre. Je pense que c'est ca qui tue l'argument du "le web est une poubelle facile d'acces"
Oui s'en est une mais en write only seulement...donc ca ne pose aucun pb.
Que l'on donne acces aux media à des clowns est une autre problème et il faut bien avouer que, si un jury n'avait pas offert une thèse aux dits clowns, on n'en serait pas là.