Cela fait un certain temps que j'entends des plaintes selon lesquelles nous vivrions dans un monde technologique, où les « scientifiques » et les « techniciens » jouiraient d'un pouvoir considérable. Quelle naïveté...

D'abord, quelques constats. Les ingénieurs sortant de nos grandes écoles les plus réputées veulent souvent faire... des mathématiques financières ; ils ont bien compris qui dirige véritablement les choses et qui touche réellement de l'argent. Il est difficile de trouver de bons étudiants qui voudraient se lancer dans un doctorat — sans doute faut-il les importer de l'Europe de l'Est, d'Inde ou de Chine.

Pendant ce temps, que fait le monde universitaire et intellectuel ? On discute pour savoir si les étudiants en terminale scientifique devraient ou non avoir des cours d'histoire, on dénonce la suppression de matières qui forment le citoyen au profit de matières formant des personnels immédiatement utilisables par l'industrie — comme si les mathématiques ou la physique en terminale scientifique avait un rapport avec l'industrie. La déconnexion est manifeste.

S'il faut se battre contre quelque chose, plutôt que se battre entre disciplines académiques, nous ferions mieux de nous battre contre le pouvoir de pouvoir de la finance, qui devrait être un instrument au service de la société, au lieu que la société soit un instrument au service des intérêts financiers.