Le 7 octobre, Jacques Julliard publie un éditorial vigoureux dans lequel il s'en prend à ceux qui s'en remettraient au « globish », l'anglais globalisé, au détriment de la langue française. Ne craignant pas le point Godwin (car Godwin est américain et écrit en anglais), il en vient même à les traiter de « collabos ».

Il n'a pas tort sur de nombreux points : le snobisme consistant à employer à tort et à travers des mots anglais que l'on ne maîtrise pas, voire inventés comme « tennisman », atteint parfois les sommets du ridicule.

Cependant, on ne peut que sourire en lisant cet appel :

« Tenez : si les intellectuels de tout bord, les artistes de toute farine, les enseignants et les chercheurs de toute discipline, les étudiants, les francophones du monde entier se réunissaient en états généraux de la langue française en vue de mettre les candidats à la présidentielle de 2012 devant leurs responsabilités, cela aurait une tout autre allure que les éternels gémissements de l?impuissance et du déclin. »

La communication scientifique, de nos jours, se fait principalement en anglais (même si, dans certaines disciplines comme les mathématiques, on sent encore une certaine vitalité du français). Cela offre des avantages, car il est impensable d'apprendre l'ensemble des langues maternelles des chercheurs d'un domaine, même en s'en tenant aux plus importantes. Pour prendre un exemple pratique, je vais prendre la parole en anglais dans quelques heures devant des étudiants et des professeurs japonais, alors qu'arriver au niveau suffisant en japonais pour un tel exposé me prendrait des années ; quant aux traducteurs simultanés, ils sont coûteux et de toute façon risquent de buter sur la terminologie spécialisée, qui demande en pratique une traduction par un scientifique du domaine.

Aussi, je doute fortement que Jacques Julliard puisse rassembler un tel appel, à moins bien sûr que dans les « enseignants et les chercheurs de toute discipline », il considère principalement les sciences humaines, et exclut la biologie, l'informatique et la physique.