Une session « posters » dans une conférence scientifique généraliste, ce n'est habituellement pas un haut lieu du rire et de la gaudriole. On passe devant des affiche décrivant diverses recherches dont souvent on ne comprend pas grand chose, faute de connaissance du domaine. Souvent, un étudiant l'air tendu attend le chaland ; certains recherchent du public, tandis que d'autres attendent avec impatience la fin. Le plus souvent, le sujet n'a rien qui attirerait l'attention du non-spécialiste, malgré des efforts parfois héroïques pour trouver un exemple d'application pratique.

J'étais donc amusé de trouver un poster traitant de la détection de vidéos pornographiques — enfin, des termes plus édulcorés étaient utilisés. En l'espèce, la méthode est de rechercher un pic de fréquence à 3 Hz dans le champ des vecteurs vitesse de l'image. En d'autres termes, on recherche si la vidéo concerne principalement un mouvement alternatif trois fois par seconde. L'étudiant prétend que cette méthode est plus efficace que celle précédemment utilisée, qui revenait essentiellement à faire des statistiques sur la proportion de l'image de couleur chair.

J'avoue une certaine surprise : j'avais entendu parler de cette histoire de détection de la pornographie par la proportion de couleur chair il y a 5, peut-être 10 ans. Il paraît incroyable que l'on n'ait pas fait de progrès depuis, surtout avec le développement d'Internet et de l'intérêt porté aux « filtres parentaux ». Peut-être cet étudiant n'est-il pas à la page... N'a-t-on pas, par exemple, des techniques faisant une transformée de Fourier 2D en espace teinte – luminance - saturation, extrayant un vecteur de caractéristiques et classifiant ces vecteurs ?

Une remarque, maintenant : la méthode de cet étudiant n'est adaptée que pour des actes sexuels mettant en jeu un mouvement alternatif à 3 Hz. Ceci ne semble pas concerner, par exemple, la sexualité orale, ni le sadomasochisme. Il est amusant de constater qu'il s'agit donc d'une méthode adaptée pour censurer les actes parfois considérés comme les plus « normaux », et non pas la plupart de ceux parfois considérés comme « pervers » ou « déviants ».

En d'autres circonstances, j'aurais cru à un canular, mais je n'imagine pas un étudiant japonais faisant un canular dans une manifestation aussi officielle. Je n'ai pas osé lui demander s'il avait dû visualiser les vidéos utilisées pour l'apprentissage afin d'affiner sa méthode...

Plus sérieusement, sur des sites comme Wikimédia Commons, il serait utile d'avoir des dispositifs automatiques chargés de signaler des images possiblement en infraction avec les règles d'utilisation du site, par exemple des photographies exhibitionnistes. Je me demande donc s'il est possible de repérer des photographies d'organes génitaux par une sorte de « signature », peut-être extraite de la transformée de Fourier.