Quand j'étais enfant, mes parents et moi passions souvent devant une inscription bien défraîchie : « Confiance à Poujade ». À l'époque, on m'avait expliqué qu'il s'agissait certes d'un homme politique, mais pas du bien connu député-maire de Dijon et ancien ministre de l'environnement, Robert Poujade. Passant récemment sur la même route, j'ai tenté, en vain, de retrouver cette inscription, probablement recouverte lors d'un ravalement. Le tribun, si fameux en son temps, est bien oublié ; peut-être est-il évoqué au détour d'un chapitre sur la Quatrième République dans les programmes d'histoire du lycée.

Si Pierre Poujade n'existe même plus sous la forme d'un graffiti sur les rives d'un canal bourguignon, le terme de « poujadisme » se porte encore bien. Il fait partie d'une liste d'insultes intellectuelles, avec « démagogie » et « populisme ». Dans un registre plus dur, on trouvera « fascisme », « pétainisme » ou autres comparaisons avec la Seconde Guerre mondiale. Ces termes sont parfois correctement employés. Le plus souvent, malheureusement, ils sont tout à fait excessifs ou inadaptés. Je dis « malheureusement » car je pense que l'usage inadapté de « fascisme » dévalorise ce mot, et notamment dévalorise les souffrances de ceux qui ont réellement subi ce type de régime.

Comment ne pas sourire également aux prétentions de tel « intellectuel médiatique », sans cesse invité à la télévision et assuré de la promotion de ses ouvrages, à mener des combats courageux dans la lignée de ceux des dreyfusards ? Il me semble que les dreyfusards étaient à la fois menacés de procès et de violences physiques ; notre  intellectuel médiatique » n'est menacé que de tartes à la crème et de ridicule, lequel ne tue pas, contrairement aux nervis de l'extrême-droite.

Combien de fois faudra-t-il dire qu'agiter des mots-slogans ne fait pas une réflexion ?