J'apprends que le dénommé Yann Moix, que je connaissais uniquement comme le réalisateur du film Podium, est également écrivain, et qu'il tient un blog sur le site de Bernard-Henry Lévy. M. Moix n'aime pas Wikipédia (c'est son droit) ; aussi a-t-il jugé bon d'expliciter son dégoût envers ce site dans un billet élégamment nommé « Gestapédia », où il estime que « le fascisme numérique » est arrivé.

Les « intellectuels médiatiques » français, ceux qui aspirent à le devenir, et ceux qui les prennent pour modèle, usent et abusent des comparaisons avec le nazisme, le fascisme, le régime de Vichy, à tel point que cela en est un cliché. Cela m'atterre, car cela banalise les crimes du nazisme et la douleur de ses victimes. Faut-il rappeler à M. Moix que s'il avait vraiment affaire à une « gestapo », il ne serait pas là à exprimer librement ses rancœurs sur son blog, mais plutôt à suffoquer dans quelque baignoire, ou à expérimenter directement les conséquences de l'électricité sur les muscles et le système nerveux ?

Non seulement ce type de comparaisons est indécent et manque de respect envers ceux qui ont réellement souffert de la vraie Gestapo et des Camps, mais il est intellectuellement douteux. Le but de ce type de comparaisons est de discréditer l'adversaire, en lui ôtant toute possibilité de défense : car en effet, le défendre, ce serait défendre le nazisme ! Godwin avait raison.

Mais passons et concentrons-nous sur les faits plutôt que les opinions. M. Moix déclare :

Je vais évidemment faire un procès, rira bien qui rira le dernier, à Wikipédia, parce qu’il y a forcément quelqu’un derrière

Je prends le pari que M. Moix ne fera pas de procès, ne serait-ce que par manque de fondements juridiques. Si par hasard il venait à le faire, et que j'arrive à me procurer une adresse où le joindre, à titre de gage, je lui enverrai les meilleures œuvres de Maurice Halbwachs afin de l'inspirer. Dois-je préciser que Maurice Halbwachs était un intellectuel et est mort en déportation ?

PS Oui, je suis indigné. Il y a des limites au n'importe quoi ; cela s'appelle la décence.