Le plagiat scolaire sur Internet, un faux problème
Par David Monniaux le mercredi, mai 26 2010, 19:21 - Enseignement - Lien permanent
J'ai lu un billet de Pierrot le Chroniqueur concernant le plagiat scolaire et universitaire à l'aide d'Internet. (J'ai écrit récemment sur ce sujet, suite à un incident avec un stagiaire.)
Je pense qu'il s'agit d'un faux problème... du moins, tant que les enseignants ont les moyens de leur politique. Je m'explique.
Le plagiat sur Internet se détecte assez facilement. On peut par exemple rechercher dans Google des lambeaux de phrases dont on pense qu'ils ne sont pas de l'étudiant (emploi d'un vocabulaire connoté, etc.). On peut utiliser un logiciel de détection de plagiats. C'est en tout cas plus facile que de partir pour la bibliothèque tenter de retrouver d'où vient telle ou telle phrase. Quand on en a les moyens en temps et en personnel, on peut demander aux étudiants de faire une soutenance orale : en général, on « plante » facilement ceux dont la connaissance du sujet est superficielle et réduite à de la recopie.
Le plagiat plus raffiné, par exemple quand on se contente de reprendre des idées, des concepts, en les formulant différemment, en utilisant une terminologie obscure, est plus délicat à relever. Heureusement, il demande plus de travail et est probablement hors de portée du lycée moyen.
Le problème, c'est ce que l'on fait quand on a détecté le plagiat.
Un élève ou un étudiant travaille pour trois raisons : parce que c'est valorisant de bien travailler (souvent lié à un milieu familial enseignant ou de haut niveau intellectuel), parce que la matière l'intéresse, ou pour la note, suivant une vision utilitariste, la note étant le sésame qui lui permettra d'atteindre telle ou telle filière qui l'intéresse. Je simplifie, bien sûr, mais reste ce fait capital : au lycée, et même dans les premières années de l'université, une bonne partie des étudiants doivent assister à des cours qui ne les intéressent pas (après, ils ont plus de latitude de choix). Dans tous les cas, les cours sont en compétition avec d'autres activités : loisirs, amours... et parfois travail familial ou salarié.
Les enseignants ont du mal à admettre cela. Si l'on enseigne une discipline, c'est qu'on l'a étudiée à un niveau relativement élevé, et en général cela implique qu'on a pour elle un certain goût. L'erreur est de croire que ce goût est naturel et devrait être partagé par chacun. Chaque enseignant devrait s'interroger : au lycée, était-il, était-elle, intéressée par toutes les matières ? Que les profs de philo, d'histoire ou de lettres qui sont allés en terminale littéraire entre autres parce qu'ils détestaient les maths et la physique lèvent la main !
Une fois que l'on oublie cette histoire d'intérêt pour le travail à remettre, passons aux autres motivations et notamment à celle de la notation. Il est évident que si le travail n'est pas noté, ou noté avec un coefficient dérisoire, il n'y a pas d'avantage à remettre un travail soigné. Donc, si l'on veut des travaux bien faits, il faut qu'ils comptent. Sinon, l'étudiant investira du temps sur ce qui rapporte vraiment (« bachotage » d'avant examen, etc.) et non sur le travail de recherche.
Il faut également que la sanction pour un travail plagié soit exemplaire : note très basse, nulle, voire procédure disciplinaire.
C'est là que le bât blesse. L'enseignement secondaire a pour mission d'amener 80% d'une classe d'âge au baccalauréat, et on conçoit bien qu'avec de tels objectifs, il n'est pas question de trop « saquer » les élèves. À l'université, si l'on n'est pas suffisamment indulgent dans une filière, on risque de la voir désertée les années suivantes, d'où fermeture avec toutes les conséquences désagréables que cela suppose pour l'équipe enseignante. La consigne est parfois de fermer les yeux sur les insuffisances.
Un étudiant dont le but est d'avoir son année et qui doit pour cela assister à un cours qui ne l'intéresse pas, ou du moins qui doit rédiger un devoir sur un sujet qui ne l'intéresse pas ou du moins qui est moins prioritaire que d'autres activités, a avantage à le bâcler et à le plagier. Il risque au pire des remarques rageuses de l'enseignant, surtout si celui-ci se met à blâmer « Internet ».
Tant qu'on ne se donne pas des moyens de dissuasion réalistes, le plagiat perdurera.
PS L'article du site LeMonde.fr dénote une certaine méconnaissance des procédures universitaires. Le Conseil national des universités (CNU) ne peut décider d'annuler une thèse ; il peut tout au plus refuser de qualifier le titulaire d'un doctorat aux fonctions de maître de conférence, étape nécessaire pour la candidature à ce poste d'enseignant-chercheur fonctionnaire. J'ignorais qu'une fois la qualification accordée, il pouvait la retirer pour fraude, mais le Conseil d'état l'a confirmé. En revanche, le CNU n'a pas le pouvoir d'annuler un diplôme universitaire. J'ignorais que le Conseil scientifique de l'université concernée avait le pouvoir d'annuler une thèse ; peut-être s'agit-il d'une annulation de l'autorisation de soutenance ?
Commentaires
On pourrait avoir plus d'enseignants qui pensent comme ça???
Ce serait bien.
Annuler une thèse plagiée c'est certes bien mais quid des sanctions contre les glandus qui ont autorisés la soutenance? Aucune je suppose...c'est pourtant là qu'il faudrait frapper. Qu'un étudiant passe une mauvaise thèse soit. De toute façon vue la reconnaissance du grade de docteur en france le mal n'est pas bien grand (petits rires nerveux..)
Que des rapporteurs acceptent ce travail...là il y a un vrai problème.
Je connais la réponse :
"ho ben les rapporteurs ne sont pas de la même fac donc on n'y peut rien tout ça tout ça"...
@xavier: Un rapporteur ne peut connaître toutes les thèses sorties sur un sujet, surtout si celles-ci ne sont disponibles que dans la bibliothèque de l'université de soutenance !
Certes certes mais si on regarde le problème sous cet angle la question devient:
"A quoi sert le rapporteur??"
C'est tout de même lui qui prend la responsabilité d'autoriser la soutenance.
Il signe un papier. L'acte n'est donc pas sans conséquences ni responsabilités.
C'est de son devoir de questionner un peu le candidat et de voir s'il sait de quoi il parle.
Si par exemple un type présente des idées ""neuves"" à la pelle sans aucune publication, on peut avoir un doute...
Le rapporteur est responsable (du moins de mon point de vue). Il est tout aussi responsable qu'un examinateur pour le permis de conduire qui baclerait l'examen et lacherait un danger public sur la route par exemple.
A défaut d'être responsable (ce qui implique d'éventuelles sanctions car sans sanctions éventuelles la responsabilité est une vaste blague), j'espère au moins qu'il a honte quand qlqn d'extérieur soulève un problème avec un thèse pour laquelle il a signé. Pas d'excuses.
Il faut tout de même être totalement idiot pour intenter une action en justice pour tenter d'éviter l'annulation de sa qualif.
Certes on en a le droit mais j'espère bien qu'on ne peut plus obtenir aucun poste une fois le plagiat dévoilé. Ce batre pour conserver sa qualif est, soit totalement idiot, soit une manoeuvre montrant qu'on peut peut être espérer un poste je ne sais après s'être fait prendre la main dans le sac.
Ca fait peur dans les deux cas...pas pour les mêmes raisons...
En gros, tu dis que pédagogie rime souvent avec démagogie (objectifs chiffrés, indulgence intéressée etc.).
Au secours ! Un procès verbal de conseil scientifique composé en police ... Comic Sans MS !!
"J'ignorais qu'une fois la qualification accordée, il pouvait la retirer pour fraude"
C'est une règle qui s'applique aux actes admnistratifs en général:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Acte_a...
"J'ignorais que le Conseil scientifique de l'université concernée avait le pouvoir d'annuler une thèse"
Le document en lien ne dit pas que le CS va annuler, mais qu'il va "engager une demarche d’annulation" (en fait de retrait, car l'annulation désigne la sortie de vigueur rétroactive décidée par une juridiction et non par l'auteur de l'acte), expression imprécise qui pourrait, par exemple, désigner la saisine par le CS d'une autre autorité qui semble pouvoir être le chef d'établissement:
http://fr.wikipedia.org/wiki/Henri_...
Réflexion faite, le chef d'établissement n'est peut-être plus compétent, car dans l'arrêt Roques le CE précise qu'il ne s'agit pas d'un diplôme national.
un lien édifiant :
http://es.cs.uni-kl.de/people/brand...
A mon époque au lycée, on plagiait les encyclopédies, la différence avec aujourd'hui, c'est que personne ne se faisait prendre. Car il n'existait pas d'outils anti-plagiat, internet aide surtout les profs !
Je rappelle aussi que la France a un record de nombre de matière au Bac par rapport aux voisins européens (+30% de mémoire). Peut-être est-ce qu'il faudrait en supprimer pour réduire les horaires ?
Quand on voit les bruits autour de la réduction de l'horaire d'histoire-géo en Terminal S, cela n'est pas prêt d'arriver.