Les éditions Gallimard ont demandé le retrait de certains textes présents sur Wikisource, une bibliothèque numérique en ligne. Wikisource, à l'instar d'autres sites comme Gallica, propose gratuitement la lecture de textes anciens, tombés dans le domaine public : romans, encyclopédies, essais, thèses... Gallimard conteste justement que certains textes écrits au début du siècle dernier sont tombés dans le domaine public, par exemple les romans de Louis Pergaud, mort en 1915. Les points de droit en jeu sont très délicats et les interprétations des juristes divergent, c'est pourquoi Wikimedia, hébergeur du site, a retiré ces documents à titre conservatoire, en attendant de disposer de plus d'éléments juridiques. Wikimedia est l'organisation américaine à but non lucratif qui, outre Wikisource, héberge l'encyclopédie en ligne Wikipédia.

Les longues durées de protection post mortem prévues par la loi ne contribuent pas à la création : elles bénéficient aux éditeurs et à des héritiers d'auteurs que souvent ils n'ont pas connus. Elles gênent la diffusion de la culture : de nombreuses œuvres se retrouvent « orphelines » — la loi impose que chaque publication soit autorisée par les ayant-droits, mais ces derniers sont inconnus (les auteurs sont mal connus, les éditeurs d'origine ont disparu, les héritiers sont inconnus ou introuvables...). Les règles fixant ces durées sont grevées d'exceptions à la portée incertaine, accroissant l'insécurité juridique.

Les industries du divertissement font pression sur les élus pour que les durées de protection soient étendues. Aux États-Unis, le Congrès a adopté en 1998 une loi parfois plaisamment surnommée « la loi de protection de Mickey Mouse », car elle garantit à la société Disney que les premiers dessins animés de la fameuse souris resteront sa propriété exclusive. En Europe, les lobbies font pression sur la Commission européenne pour que l'on augmente la durée de protection des enregistrements phonographiques.

Je m'oppose aux extensions excessives des droits d'auteurs et autres droits de propriété intellectuelle. La loi, expression de la souveraineté populaire, doit bénéficier à la société et non à telle ou telle industrie, fût-elle culturelle.