J'ai dernièrement visité le Monastère royal de Brou, chef d'œuvre du gothique flamboyant flamant. L'architecte, les tailleurs de pierre, les sculpteurs, ont vraiment fait œuvre magistrale.

Mais ce n'est hélas pas des cathédrales gothiques que je vais vous parler, mais des cathédrales de papier qu'adorent créer ceux qui, à tous les échelons, nous gouvernent — et plus particulièrement de politique universitaire.

En France, nous adorons les « machins ». Qu'un problème se pose au gouvernement, et il nommera une commission, un conseil, voire créera une haute autorité « indépendante » — quitte à les remplacer un ou deux ans après. Nous adorons les superpositions de structures, les arrangements, les tutelles multiples. Au lieu de régler la mauvaise gestion de l'un, nous l'associons avec un autre afin que le couple aille cahin-caha. L'inventivité dans le mille-feuille administratif n'a pas de bornes. Car n'oublions pas que pour chaque « machin », il faut un président, un conseil d'administration, ou du moins un directeur...

Dans les collectivités locales, nous avons des régions, des départements, des communes, des groupements de communes. Dans la recherche publique, nous avions des établissements de divers statuts (EPSCP, grands établissements, EPST, EPIC...), des unités mixtes de ces établissements. Maintenant nous avons des PRES, et voilà que l'on me parle d'un centre inter-laboratoires (ces laboratoires pouvant être eux-mêmes mixtes).

Les millions du « plan Campus » font tourner la tête de certains. Mettant la charrue avant les bœufs, ils semblent penser que c'est en complexifiant les structures de recherche qu'ils créeront ces fameuses universités de classe internationale qui pourront bien figurer au classement de Shangaï. Le gigantisme est de mise, l'idée de base étant que c'est en entassant des centaines de chercheurs au même endroit que l'on fera de la bonne recherche.

C'est ainsi que j'apprends qu'il y a une sorte de course à l'échalote entre Grenoble et Saclay au niveau de la recherche en informatique. Des deux côtés, le CEA, l'INRIA et le CNRS. Chez les premiers, l'Université Joseph Fourier et Grenoble-INP. Chez les seconds, l'X et Paris-Sud. Corsons le tout : il paraît que l'informatique du CNRS va fusionner avec l'INRIA, et Joseph Fourier et Grenoble-INP font une valse-hésitation à la fusion, l'INP se rapprochant un jour et s'éloignant un autre. J'oubliais, Joseph Fourier et l'INP ont des laboratoires communs, avec le CNRS. Voire des bouts de labos communs avec le CNRS et hébergés chez l'INRIA. Rajoutez des équipes industrielles, et combinez le tout avec la rigidité de gestion de l'administration française, j'en frémis d'horreur. Cathédrales de papier, vous dis-je.

Mais cathédrales de béton, aussi. On parle d'une réorganisation massive des campus grenoblois, mais le plan prévu change tous les 2 mois (un coup on parle d'envoyer l'informatique dans les terrains de rugby, un coup ailleurs...). À Saclay, on expose fièrement les plans du futur bâtiment DIGITEO, dont on attend depuis plusieurs années le début de construction.

Dans tous ces projets, j'ai rarement entendu parler de qualité de la recherche ou de l'enseignement.

PS Quelqu'un peut-il m'expliquer l'utilité concrète de cette « alliance » ?