Je m'étais ému, ainsi que d'autres, de ce que les moyens consacrés en France à la numérisation du patrimoine soient tellement insuffisants que l'on doive mendier des ressources auprès de partenaires industriels, alors qu'ils sont assez modestes en regard de ce que l'on dépense par ailleurs pour des actions bien moins pérennes. Ainsi, la France, pays dont certains vantent sans cesse l'excellence culturelle, dépenserait bien plus d'argent public pour le sport spectacle que pour cette indispensable numérisation.

Contrairement à, par exemple, mon collègue Alain Finkielkraut (si toutefois j'ai bien compris ses opinions), je ne pense pas que le patrimoine culturel soit sali ou en quelque sorte parasité par la technologie à partir du moment où il est numérisé. Je ne pense pas que la mise à disposition sur Internet d'une photographie de bonne qualité d'une peinture nuit à celle-ci, ou inciterait le public à se limiter à une pâle copie de la réalité. Au contraire, elle permet à la grande majorité du public, qui n'a pas les moyens financiers de se déplacer dans les villes où les musées sont situés, d'accéder à ces œuvres. Rappelons que la majorité des français habitent en province et que tant le train que l'hôtel à Paris sont coûteux.

C'est donc avec une grande joie que j'ai entendu Nicolas Sarkozy, Président de la République, annoncer dans ses vœux que la numérisation serait une priorité :

Grâce à un plan d’investissement sans précédent nous allons pouvoir accomplir la révolution numérique, donner à tous l’accès au haut débit, numériser nos livres pour que notre langue, notre culture puissent continuer à rayonner

Nous devons toutefois être vigilants. Le risque toujours présent est de voir les pouvoirs publics, pressés par les obligations budgétaires, vouloir à toute force « valoriser » le patrimoine, c'est-à-dire le « propriétariser », éventuellement au bénéfice d'acteurs privés. Je défends sur ce point une ligne simple : les numérisations de documents du domaine public détenus par des organismes publics doivent relever du domaine public et être librement utilisables.